À douze mois de l’élection présidentielle, certains partis veulent que les municipales constituent une épreuve réelle de leur poids électoral et de leur capacité à mobiliser les sympathisants. Toutefois, l’enracinement local et la fragmentation du paysage politique compliquent les comparaisons avec l’année 2027.
Le premier tour des municipales approche à grand pas. Il est prévu pour le 15 mars. À treize mois seulement de l’élection présidentielle, ce scrutin peut-il être perçu comme une répétition générale pour 2027 ? Certaines voix pensent que oui. C’est notamment le cas de Jordan Bardella, dont les chances de candidature à l’Élysée paraissent un peu plus crédibles après les lourdes mises en cause judiciaires visant Marine Le Pen. Le Rassemblement National a connu un échec en 2020. Il n’a donc pas grand-chose à perdre, hormis Perpignan, tout en ayant beaucoup à gagner: Toulon, Nice grâce au soutien d’Éric Ciotti, et peut-être Marseille. Sans oublier des villes moyennes, surtout autour de la côte méditerranéenne. Bardella entame d’ailleurs sa tournée de campagne dans l’Aude et l’Hérault après-demain.
Le parti d’extrême droite veut aussi intensifier sa pression sur LR, exactement comme La France Insoumise le fait vis-à-vis du PS. Pour la première fois, Jean-Luc Mélenchon s’engage réellement dans ce scrutin municipal. Il enchaîne les meetings à travers le pays et ses propres candidats, même s’ils ne gagnent pas forcément les grandes villes, peuvent toutefois déstabiliser les socialistes qu’ils visent, par exemple à Paris, Saint-Denis, Marseille ou Rennes.
Depuis 2017, un fossé profond s’est creusé entre, d’un côté, des formations capables de présenter des têtes d’affiche susceptibles de conquérir l’Élysée — le RN, le bloc central macroniste et LFI — mais manquant d’une implantation locale solide, et, de l’autre, des partis qui gèrent les mairies sans disposer de candidats présidentiels en bonne position pour l’emporter.
Des partis forts localement mais faibles à la présidentielle
Le PS détient plus d’un quart des 414 villes de plus de 20 000 habitants et Anne Hidalgo n’a obtenu que 1,7 % des voix en 2022. Même chose pour LR, qui n’a plus qu’une métropole de plus de 100 000 habitants, Nîmes, mais demeure très bien implanté dans les villes petites et moyennes. Quant aux écologistes, qui avaient pris Bordeaux, Lyon, Strasbourg ou Poitiers il y a six ans, et Grenoble en 2014, ils ont donc beaucoup à perdre.
Il existe surtout un autre facteur qui empêchera d’assimiler directement le résultat des municipales à celui de la présidentielle : la fragmentation du paysage politique. On le voit au quotidien à l’Assemblée nationale depuis la dissolution. Aux municipales, on retrouve ces fameux trois blocs, eux-mêmes fragmentés à l’intérieur. Résultat, au moins trois listes atteignent le second tour — il faut obtenir 10 % des voix — et bien souvent quatre, voire cinq, faute de fusions entre la droite et la gauche. Cela n’a rien à voir avec la présidentielle, où seuls deux candidats accèdent au deuxième tour. En réalité, il n’y a qu’une grande ville où l’élection est manifestement un tremplin vers 2027 : Le Havre. L’ancien Premier ministre Édouard Philippe remet son mandat en jeu dans ce scrutin incertain. Un échec serait un coup dur pour ses ambitions présidentielles.







