Selon Xavier Bertrand, président des LR pour la région Hauts-de-France, les distributeurs de carburant ont relevé le tarif d’une essence qu’ils détenaient déjà en stock, tirant profit du contexte de la guerre au Moyen-Orient.
Le conflit impliquant l’Iran, les États-Unis et Israël continue de perturber les chaînes d’approvisionnement pétrolières à l’échelle mondiale, et la France n’y échappe pas. Cette situation maintient les prix à la pompe à des niveaux élevés pour les consommateurs. Selon Xavier Bertrand, président des Républicains dans la région Hauts-de-France, les distributeurs seraient en partie responsables de cette hausse. « Ce n’est pas le carburant déjà stocké qui aurait pris de la valeur en raison d’un coût de transport plus élevé », dit-il. « Ils l’avaient et ont augmenté les prix. On appelle cela un effet d’aubaine, des profiteurs. »
En réalité, il est faux d’affirmer que les distributeurs ont augmenté les tarifs du carburant qu’ils détenaient déjà en stock. Comme l’explique Emmanuel Ampaud, président de la Fédération française des combustibles, carburants et chauffage, les stations-service disposent de stocks très limités. Une petite station est réapprovisionnée tous les deux ou trois jours, tandis qu’une grande station, souvent située près d’un supermarché, peut recevoir des livraisons plusieurs fois par jour. Une crise comme celle provoquée par le conflit au Moyen-Orient peut donc avoir des répercussions très rapides pour les distributeurs.
Le coût du pétrole raffiné se détermine sur le marché de Rotterdam
Cette crise exerce son influence sur les stations davantage et plus vite, car le prix du pétrole raffiné, c’est-à-dire l’essence destinée directement à la vente au détail, est fixé par le marché européen, situé à Rotterdam, aux Pays-Bas. Or ce marché, comme toute place financière, a réagi à la fermeture du détroit d’Ormuz, en anticipant d’éventuelles pénuries et en répercutant ces inquiétudes sur les tarifs. Le coût de la matière première fixé par le marché européen représente environ 30 % du prix final du litre d’essence payé par le consommateur. À cela s’ajoutent les taxes françaises sur les carburants, la TVA et l’ex-TICPE (anciennement fiscalité sur les carburants), qui totalisent environ 50 % du prix final. La marge des distributeurs pèse donc relativement peu dans le prix à la pompe, et ce produit est souvent utilisé comme produit d’appel par les supermarchés pour attirer les clients dans leurs rayons.
On ne peut donc pas dire que les stations-service aient tiré profit de cette crise, mais leur marge a néanmoins fortement augmenté depuis 2023. C’est ce que révèle la CLCV, l’association de défense des consommateurs. Entre 2022 et 2023, la marge des distributeurs est passée de 7 centimes par litre pour l’essence à près de 25 centimes pour le gazole, et de 6 à 25 centimes pour le SP95. Au 6 mars dernier, cette marge avait même atteint 32 centimes par litre pour le SP95 et 33 centimes pour le gazole. Les stations-service ont ainsi bien accru leurs marges, mais ce phénomène ne serait pas né du seul conflit au Moyen-Orient.







