Face à l’augmentation marquée des prix du carburant, le gouvernement a publié mercredi, pour la première fois, ses estimations relatives aux marges brutes générées par les distributeurs en France.
Selon les calculs du ministère de l’Economie (Bercy), les distributeurs ne tirent pas de profits excessifs dans le cadre de la crise énergétique. Le gouvernement a publié, le mercredi 6 mai, les premières estimations sur l’évolution des marges brutes des distributeurs de carburant en France, depuis le début des hostilités au Moyen-Orient le 28 février. D’après ces analyses, fondées sur des données publiques et sur les échanges entre l’exécutif et les distributeurs, les marges brutes des hectraux acteurs se situent en moyenne au niveau des marges pratiquées avant la crise.
Concrètement, les chiffres dévoilés par Bercy indiquent que la marge brute moyenne du diesel était de 26,7 centimes d’euro par litre entre le 1er mars et le 4 mai, et de 28,5 centimes par litre pour la période du 27 avril au 3 mai. Avant le déclenchement du conflit, entre le 1er janvier et le 28 février, cette marge brute s’établissait à 28,1 centimes. Pour l’essence SP95-E10, la marge moyenne sur la période du 1er mars au 4 mai se montait à 27,9 centimes par litre, et elle est tombée à 26,4 centimes par litre lors de la dernière semaine (du 27 avril au 3 mai). Il faut noter qu’elle était de 29,6 centimes par litre au cours des deux premiers mois de l’année, avant l’escalade des hostilités en Iran.
Une marge nette des distributeurs qui reste inconnue
Bercy met toutefois en garde : « Cette marge brute ne doit pas être confondue avec une marge nette ». Alors que la marge nette correspond à « ce qui va dans la poche de l’entreprise », la marge brute représente la différence entre le prix d’achat du carburant à la raffinerie et le prix de vente à la pompe. Elle se subdivise en plusieurs postes : les coûts liés au stockage, au dépôt et au transport depuis les raffineries, les frais de distribution liés notamment à l’exploitation des stations-service, mais aussi les coûts réglementaires, y compris la collecte des Certificats d’économies d’énergie (CEE). Sans oublier la marge commerciale, qui revient directement au distributeur.
En revanche, le montant réel et exact des marges nettes réalisées par les distributeurs n’est pas connu. « Il faut accéder à la comptabilité détaillée de chacun, ainsi qu’à leurs coûts internes, des éléments qui ne nous sont pas accessibles », précise Bercy.
Ces marges brutes n’ont pas toujours été stables, remarque encore le ministère. « Nous avons constaté à l’apparition de la crise un emballement de ces marges – qui avaient pu augmenter fortement – mais la situation s’est rétablie depuis. C’est le fruit du dialogue que l’État a engagé avec les distributeurs », affirme la même source.
Un « affolement des marges » au tout début de la crise
Bercy identifie en effet une « première période avec une évolution plutôt à la hausse des marges au moment du début du conflit ». Une hausse temporaire des marges brutes, pouvant atteindre 10 centimes, est relevée. « À ce stade, l’État a instauré un dialogue avec les distributeurs et, par la suite, les marges se sont, de nouveau, stabilisées autour du niveau d’avant-crise », précise la même source. Dans le contexte de la montée des prix des carburants liée à la guerre au Moyen-Orient, l’exécutif avait aussi laissé entendre, à la mi-avril, la possibilité de recourir à un décret pour plafonner les marges des distributeurs.
Dans le détail, les marges brutes les plus modestes se retrouvent chez les « majors pétrolières », notamment TotalEnergies (23,4 centimes/litre pour le gazole depuis mars, contre 32,1 centimes/litre avant le conflit). « La politique commerciale de Total explique la baisse de la marge brute pour les majors pétrolières », analyse Bercy. Depuis le 8 avril, le prix des carburants est en effet plafonné dans les 3 300 stations-service du groupe.
Des actualisations chaque semaine
Ce plafonnement a entraîné une modification des habitudes des consommateurs en matière d’achat d’essence. « Les Français se sont davantage tournés vers les stations Total », [l’une des majors pétrolières], indiquent les services du ministère. « La marge brute comprend alors des coûts fixes qui doivent être répartis sur des volumes vendus plus faibles », commente Bercy. Résultat, on observe néanmoins une légère hausse des marges brutes pour les distributeurs regroupés sous la catégorie « grandes et moyennes surfaces » (27,3 centimes par litre pour le gazole entre le 1er mars et le 4 mai, contre 26,3 centimes par litre entre le 1er janvier et le 28 février). « Cette marge brute intègre aussi les coûts de transport; transporter le carburant jusqu’au point de destination devient plus coûteux depuis le début de la crise », avance également Bercy comme piste d’explication.
Une mise à jour sera effectuée « chaque semaine afin que les Français puissent suivre l’évolution de la situation », a précisé, lors d’une sortie du Conseil des ministres, la ministre déléguée à l’Énergie, Maud Bregeon, évoquant une « opération de transparence ».







