Valérie Pécresse, qui préside la région Île-de-France, était l’invitée des 4V sur France 2, ce lundi 30 mars.
L’ancien premier adjoint d’Anne Hidalgo, Emmanuel Grégoire, a été élu maire de Paris le 22 mars dernier. Lors de l’interview accordée à l’émission 4V, Valérie Pécresse, présidente du conseil régional d’Île-de-France et figure du parti Les Républicains, a été conviée par Gilles Bornstein à réagir à ce scrutin, notamment sur les perspectives de leur coopération future.
Ce passage correspond à une portion de la retranscription du reportage mentionné plus haut. Pour le visionner dans son intégralité, cliquez sur la vidéo.
Gilles Bornstein : Emmanuel Grégoire a été intronisé maire de Paris samedi. Pensez-vous pouvoir travailler avec lui dans un cadre de dialogue constructif ?
Valérie Pécresse : J’ai félicité Emmanuel Grégoire dès le dimanche de son élection et je lui ai proposé d’être reçu à la région Île-de-France, car l’enjeu véritable aujourd’hui entre Paris et sa banlieue, c’est d’établir une coopération bien plus fluide. Paris ne peut pas s’imaginer imposer son développement en antagonisme avec la grande couronne, et cela s’est manifesté notamment par l’encombrement routier et par l’effet d’isolement du périphérique qui empêche les habitants des zones périphériques de faire le tour de la capitale. Il faut donc aujourd’hui engager un vrai dialogue sur les questions de circulation. Les embouteillages à Paris ont pour effet de bloquer les bus, qui peinent à rouler dans de telles conditions.
Nous avons aussi des questions liées à l’éducation. La région finance la rénovation de cités scolaires où se trouvent des collèges de la ville. Or, la ville, quant à elle, est en état de délabrement et ne dispose pas des ressources suffisantes pour réaliser les travaux de rénovation des établissements scolaires, ce qui freine en conséquence la modernisation des lycées. Il est donc nécessaire de réactiver et de restaurer le dialogue entre Paris et la région sur ces sujets.
Est-ce que vous soupçonnez Anne Hidalgo d’avoir trop coupé l’accès des voitures à Paris ? Est-ce que vous espérez qu’Emmanuel Grégoire adopte une posture différente à ce sujet ?
Ce que j’espère avant tout, c’est la mise en place d’un véritable plan de mobilité mis au point collectivement. Paris ne peut pas se refermer sur elle-même. Le cœur du sujet, c’est comment optimiser les déplacements dans la capitale. J’appuie sans réserve les pistes cyclables, et j’en développe moi-même en Île-de-France, avec près de 750 kilomètres en cours de réalisation. Cependant, les itinéraires doivent être sécurisés et ne pas transformer les rues en passages interdits pour les automobilistes. Aujourd’hui, à Paris, il ne s’agit pas d’ajouter des voitures, mais d’assurer une répartition apaisée de l’espace public entre automobilistes, cyclistes et transports en commun, ainsi que les piétons. Donner priorité aux bus demeure essentiel, car ce mode bénéficie particulièrement aux personnes les plus vulnérables, aux personnes à mobilité réduite et aux familles. À l’instant présent, il faut prendre le temps d’échanger et d’imaginer des solutions concrètes, par exemple des parkings-relais à l’entrée de Paris pour limiter le flux automobile dans la capitale. Anne Hidalgo a longtemps refusé de financer de tels aménagements. Aujourd’hui, notre objectif est d’apaiser les relations entre automobilistes, cyclistes, conducteurs de bus et piétons qui veulent tous circuler en ville. Je recherche la coopération et non pas un Paris qui se croit seul et qui déteste sa banlieue, alors que celle-ci contribue largement à la vie de Paris.
Désarmer la police municipale, « c’est un terrible retour en arrière »
Les maires affiliés à La France insoumise réclament le désarmement des policiers municipaux, affirmant que ce travail ne serait pas du ressort des communes. Quelle est votre position sur ce point ?
C’est un recul dramatique. C’est une forme de non-assistance à Franciliens en danger. Aujourd’hui, on observe une montée de la violence à travers toute la région. Cette réalité m’a poussée à créer des brigades de sécurité dans les lycées, à renforcer la sécurité dans les transports et à augmenter de mille agents les effectifs dédiés aux transports, tout en soutenant les maires dans l’organisation de leur police municipale. Grâce au « bouclier de sécurité » régional — bouclier que le RN a refusé de voter et que la gauche a d’ailleurs porté devant le tribunal administratif — j’apporte des financements à toutes les communes pour l’équipement de leur police municipale. Nous avons édifié de nombreux commissariats de police municipale et les avons dotés de véhicules, de gilets pare-balles et autres matériels. Elles disposent désormais d’un pouvoir armé et opérationnel. Aujourd’hui, environ 90 % des habitants de l’Île-de-France bénéficient de la protection apportée par ce bouclier régional, les polices municipales et les systèmes de vidéoprotection. Revenir en arrière et désarmer ces forces serait faire le lit de l’augmentation de la violence et affaiblir davantage les moyens de la police nationale, qui se verrait retirer une partie de ses ressources et de ses responsabilités, puisque les polices municipales gèrent notamment les caméras de vidéoprotection et interviennent directement dans les quartiers. Je ne souhaite pas voir s’installer des zones de non-droit sur mon territoire et je resterai extrêmement vigilante sur ce point.
Le ministre de l’Intérieur a évoqué une attaque raciste, qualifiée d’ignoble, visant le maire de Saint-Denis. Le maire Bally Bagayoko appelle à manifester contre le racisme le week-end prochain. Comptez-vous y participer ?
Pour l’instant, je n’envisage pas de prendre part à une alliance avec la France insoumise, mais j’apporte mon soutien sans réserve à toute condamnation de faits racistes commis sur le territoire national. Ce qui a surtout marqué les jours qui ont entouré les élections, c’est l’horreur des violences ciblant les maires sortants à qui l’on a infligé insultes et menaces, parfois même des attaques contre leurs familles. Bally Bagayoko semble chercher à détourner l’attention face à ces débordements, en partie en responsabilité, puisqu’il n’a pas su les empêcher. Cela ne justifie toutefois en rien les actes. Avec moi, il ne saurait y avoir aucun cas d’attaque raciste dirigée contre un élu de la République ou contre un citoyen.







