Le cessez-le-feu communiqué par Donald Trump n’a pas encore fait diminuer les prix du carburant, et le gouvernement refuse néanmoins de nouvelles aides. Manquant de marges budgétaires, il privilégie des mesures ciblées et peu étendues. Pris entre la contrainte budgétaire et des tensions sociales croissantes, l’exécutif s’expose à une contestation qui rappelle le spectre des gilets jaunes.
En attendant les effets escomptés d’un cessez-le-feu de 15 jours au Moyen-Orient annoncé dans la nuit du 7 au 8 avril par Donald Trump, le coût du carburant demeure élevé et aucune nouvelle aide n’est mise en avant par le gouvernement. Non. Même si cela peut agacer, comme on a pu le remarquer mardi à la sortie du ministère de l’Économie où les syndicats avaient été conviés, aucune mesure n’a été présentée.
Aucune catégorie professionnelle ni secteur ne bénéficie d’aides nouvelles, contrairement à ce que certaines filières avaient obtenu, telles que la pêche, les transports ou l’agriculture. Pour autant, Maud Brégeon, la ministre de l’Énergie, avait évoqué il y a quelques jours un soutien possible pour les aides à domicile, les infirmiers ou « certains agriculteurs qui font encore face à des difficultés particulières ». Rien. Depuis le début du conflit, le gouvernement enchaîne des mesures jugées cosmétiques, comme des avances de trésorerie.
Dernière en date, ce week-end : un « prêt carburant flash » allant de 5 000 à 50 000 euros pour les petites entreprises, au taux de 3,80 %, mais accessible uniquement à certains secteurs et sous conditions. Les dépenses liées au carburant doivent notamment représenter au moins 5 % du chiffre d’affaires. Côté particuliers et ménages, peu ou pas d’aide. Sauf peut-être cette perspective encore hypothétique d’employer les tickets-restaurant le dimanche, ou de débloquer 5 000 euros d’épargne salariale. Les sénateurs ont examiné mardi une proposition de loi en ce sens. Encore faut-il détenir des titres-restaurant ou de l’épargne salariale.
Des finances publiques sous fortes contraintes
Le gouvernement affirme suivre sa ligne: pas d’aide globale. En parallèle, il se trouve confronté à une réalité budgétaire difficile: les ressources manquent. Les caisses sont vidées. Et ce n’est pas le surplus de 270 millions d’euros lié au carburant qui lui laisserait une grande latitude, car il est aussitôt absorbé par les coûts engendrés par la guerre, l’inflation et la montée des taux d’intérêt. Le conflit accroît le poids de la dette, et l’exécutif garde en tête le calendrier: vendredi, Moody’s doit rendre son avis. La France ne souhaite pas voir sa note dégradée, ce qui enverrait un signal négatif aux créanciers et investisseurs, et pourrait faire grimper encore les taux d’emprunt.
Le gouvernement veut donc prouver qu’il gère ce choc lié à l’énergie avec une discipline financière. Mais cela l’expose inévitablement à des contestations sociales. Des épisodes existent déjà ici et là: blocages de pêcheurs en Corse et au Havre, mobilisations d’entreprises de travaux publics à Nantes. Mardi, à l’issue de la réunion au ministère, la CGT a appelé les travailleurs à se mettre en mouvement pour réclamer des hausses salariales.
Le gouvernement de Sébastien Lecornu prend le risque de voir ressurgir des mouvements sociaux rappelant les « gilets jaunes ». Même si le cessez-le-feu et l’atténuation attendue des prix à la pompe devraient quelque peu relâcher la pression mercredi matin.







