En tant qu’invité politique dans La Matinale, le mercredi 22 avril, Philippe Brun réagit aux mesures d’appui annoncées la veille par Sébastien Lecornu pour aider certains Français à faire face à la hausse du prix des carburants. « On fait du budget sur le dos des Français », déplore l’élu socialiste, qui pointe l’existence d’un fonds de 2,5 milliards d’euros que l’État serait en train de constituer.
Limiter les dépenses afin de dégager six milliards d’un côté et débloquer, de l’autre, des aides en faveur des principaux usagers, des gros rouleurs, des pêcheurs, des infirmières et des agriculteurs. Cette série de décisions présentées par le Premier ministre mardi 21 avril, en réponse à la hausse des prix de l’énergie provoquée par le conflit au Moyen-Orient, a suscité des ressentis variés. Pour le député socialiste Philippe Brun, ce n’est pas suffisant: dans La Matinale de 42mag.fr, ce mercredi, il déplore que le gouvernement, au lieu de s’employer à réaliser de véritables économies, notamment en revoyant la fiscalité des plus riches, cherche surtout à assainir ses finances sur le dos des automobilistes.
Note: Ce passage reprend une portion de la retranscription de l’entretien ci-dessus. Pour en voir l’intégralité, consultez la vidéo.
Alix Bouilhaguet : Pour soutenir de nouveaux secteurs touchés par la flambée des prix du carburant, Sébastien Lecornu a annoncé, hier, des aides prévues en mai, aussi bien pour la construction et les travaux publics que pour les travailleurs modestes et les utilisateurs importants de véhicules, notamment les aides à destination des soignants et des aides à domicile. Près de 3 millions de Français seraient concernés. Est-ce une bonne décision, selon vous ?
Philippe Brun : Oui, c’est une bonne initiative, mais elle arrive tard et elle reste insuffisante. Il faut rappeler que le trajet moyen entre le domicile et le travail en France se situe autour de cinquante kilomètres. Des millions de Français subissent la douloureuse érosion des prix du gasoil, qui ont bondi de plus de 40 %, et celui de l’essence, qui a aussi augmenté de manière marquée. En tant que élu d’une circonscription rurale, je sais ce que signifie vivre avec une essence dépassant parfois deux euros le litre. L’urgence aujourd’hui est d’agir, et cela passe notamment par des mesures sur les taxes afin d’éviter une hausse des prix qui devient insupportable pour des millions de personnes, en particulier pour les plus précaires.
Sauf que la stratégie du Premier ministre ne consiste pas à étaler des aides universelles; elle vise des catégories précises – pêcheurs, agriculteurs, transporteurs. Il n’y aura pas de chèque global pour tous les Français. Vous occupez le poste de responsable budget du Parti socialiste: vous devriez aussi défendre l’idée de rééquilibrer les comptes de l’État, non ?
Là, on ne fait rien pour visser les finances autrement: on pratique, selon moi, une forme de charge budgétaire sur les Français. Regardez la TVA. En raison de l’inflation, au mois de février, les recettes de TVA ont dépassé les prévisions d’environ 2 milliards d’euros. L’inflation agit comme un carburant pour le budget. Le gouvernement, plutôt que d’appliquer de vrais efforts, notamment en réduisant les impôts sur les plus riches, semble préférer renforcer les finances publiques en faisant peser le coût sur les automobilistes et les personnes qui se déplacent quotidiennement pour travailler. Cette dynamique pourrait, à terme, constituer une cagnotte d’environ deux milliards et demi au profit de l’État si la situation restait inchangée.
Mais Sébastien Lecornu soutient qu’il n’y a ni cagnotte ni surplus. Est-ce que vous retournez à l’idée, comme Marine Le Pen, que l’État profite de la crise ?
Qu’il y ait eu, par le passé, des périodes d’inflation et de recettes importantes est documenté. Entre 2022 et 2023, on observait une inflation élevée et, en conséquence, d’importantes rentrées. Lorsque l’inflation a commencé à reculer, les finances publiques ont subi un trou, ce qui remonte à 2024. Aujourd’hui, l’État bénéficie de recettes bien plus élevées grâce à l’inflation. En février, j’indiquais déjà qu’il manquait environ 2 milliards de TVA attendue, mais qui est arrivée en raison de l’inflation. Par ailleurs, la hausse générale des prix est foreseeable et certains instituts prévoient même une inflation qui pourrait atteindre 4 %. Le rendement de la TVA avoisine les 200 milliards d’euros annuels. Pris dans leur ensemble, ces éléments constituent des ressources supplémentaires. Ce que je préconise, c’est de freiner cette progression en abaissant les taxes sur le carburant pour les travailleurs, sans que l’État n’en pâtisse. Cette correction devrait être modérée et permettre à ceux qui œuvrent de s’en sortir, car aujourd’hui la situation me paraît particulièrement critique.
Et pourtant, le gouvernement évoque six milliards d’économies pour compenser le coût de la crise au Moyen-Orient: quatre milliards pour l’État et deux milliards pour la Sécurité sociale. Que pensez-vous de cet équilibre ? Est-ce que c’est le bon dosage, ou est-ce que c’est inutile ou insuffisant ?
Écoutez, je ignore la provenance exacte de ce chiffre. On évoque des hausses d’intérêts, pourtant elles étaient déjà anticipées dans le dernier budget. On n’a pas grand-chose à présenter à la Commission des Finances, juste une présentation PowerPoint avec trois mots; d’où vient alors ce chiffre de six milliards ?
Alors, suggère-t-on qu’en plus de la cagnotte, un surplus est constitué ?
Franchement, c’est un exercice de ruse budgétaire, une manœuvre destinée à brouiller les pistes avec ce chiffre de six milliards, afin d’éviter de prendre les mesures réellement nécessaires, telles que diminuer les taxes sur le carburant. En clair, cela permet de faire peser la charge sur les Français qui travaillent.
Et dans ce cadre, on distribue des aides à tous, que ce soit au propriétaire d’un SUV qui part en week-end en Normandie ou à l’aide-soignante qui dépend de son véhicule pour son travail ?
Il faut déterminer une cible plus juste. Sous l’ère du gouvernement de Lionel Jospin, on avait instauré ce qu’on appelait la TIPP flottante: une taxe qui s’ajustait à la hausse des prix du carburant. Aujourd’hui, la situation est inacceptable. Il existe toute une France gagnant autour de 1 700 euros par mois environ, qui parcourt quotidiennement 50 à 60 kilomètres pour se rendre à son travail. Cette partie de la population ne peut pas s’en sortir sans une aide réelle; les maigres soutiens d’hier ne suffisent pas.
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