Au cours du lancement de la nouvelle session du Medef, le député du parti socialiste, Boris Vallaud, a accentué l’importance d’investir dans le domaine de la santé mentale, afin de fournir aux citoyens français la possibilité de se sentir bien et d’accomplir leur travail dans les meilleures conditions.
Le mardi 29 août, pendant les journées de rentrée du Medef, Boris Vallaud, député socialiste des Landes, a soulevé la question du coût non couvert lié à la santé mentale en France.
Il a souligné que le poids financier de la non prise en charge de la santé mentale s’élevait à 110 milliards d’euros. Cette estimation l’a incité à interroger ses collègues sur la nécessité d’investir davantage dans ce domaine pour garantir le bien-être des travailleurs.
Une statistique remontant à 2007
Cette assertion s’avère inexacte puisque le coût réel est en fait supérieur. Selon les précisions apportées par l’équipe de Boris Vallaud, leur source principale était le Comité stratégique de la santé mentale et de la psychiatrie, qui avait diffusé ce chiffre en 2007 lors de sa création. Toutefois, cette somme englobe non seulement les dépenses liées à la non prise en charge de la santé mentale, mais aussi les coûts généraux de cette dernière, comme l’a admis l’équipe du député.
En outre, ils ont annoncé leur intention de présenter un plan « santé mentale » à l’automne 2023, qui intégrera une estimation actualisée.
Cependant, il convient de considérer avec prudence cette estimation de 110 milliards d’euros. En 2012, des médecins et chercheurs français avaient publié une étude, citée par la Haute Autorité de Santé, qui avait estimé ces dépenses à 109 milliards d’euros, basées sur les données de 2007. L’étude tenait compte des dépenses effectivement engagées en matière de soins médicaux (13,4 milliards d’euros) et médico-sociaux (6,3 milliards d’euros), soit un total d’environ 20 milliards d’euros.
Les 90 milliards restants, correspondant à une évaluation théorique, comprennent une évaluation des pertes de production liées à des troubles psychologiques (24,4 milliards d’euros) et une conversion monétaire de la baisse de la qualité de vie (65 milliards d’euros). En d’autres termes, environ 80% des 110 milliards évoqués par le député sont purement hypothétiques.
Plus de 163 milliards d’euros en 2018
Il est essentiel de rappeler que cette étude commence à dater. Des travaux plus récents, menés entre autres par Isabelle Durand-Zaleski, ont révélé que le coût de la santé mentale s’élevait à 163 milliards d’euros en 2018, soit une augmentation de 50% en 11 ans.
En 2018, les dépenses médicales atteignaient 23 milliards d’euros et les dépenses médico-sociales 13 milliards d’euros. D’autre part, les estimations indiquaient une perte de productivité de 44 milliards d’euros et une baisse de la qualité de vie évaluée à 83 milliards d’euros.
Une autre étude effectuée par l’OCDE, concernant l’année 2015, avance des conclusions différentes. Cependant, elle ne prend pas en compte l’évaluation de la perte de qualité de vie, qui représente une part considérable des conclusions de l’étude française. Pour l’OCDE, les dépenses effectives étaient plus élevées avec 29 milliards d’euros pour les dépenses médicales et 26 milliards pour les dépenses sociales, soit 55 milliards d’euros au total. À cela s’ajoutent 25 milliards d’euros de coûts indirects, liés à la perte de productivité occasionnée par le chômage, l’absentéisme et le présentéisme.
Tous ces chiffres sont antérieurs à la crise du Covid-19 qui a exacerbé les problèmes de santé mentale. Cependant, comme l’indique Isabelle Durand-Zaleski, il est encore trop tôt pour en mesurer l’impact. Certaines statistiques pourraient même montrer une baisse, car l’accès aux soins a été limité durant la pandémie. Pour l’instant, il est donc impossible d’estimer si le coût de la santé mentale est actuellement supérieur ou inférieur à celui de 2018.