Raphaël Glucksman se présente pour les socialistes, Marie Toussaint soutient les écologistes, Manon Aubry se met en avant pour les insoumis, et Léon Deffontaines défend les communistes : quatre groupes de gauche sont en train de se mobiliser pour la campagne des élections européennes. Au niveau local, plusieurs parlementaires et partisans de Nupe ont la confiance et l’espoir d’une alliance.
Maintenir l’union à gauche en dépit des désaccords. En perspective de l’élection présidentielle de 2027, des sympathisants et des responsables politiques se démènent pour maintenir la Nupes à flot, dans le but de la revigorer, afin de la perpétuer malgré l’existence de listes indépendantes pour les européennes.
À Beauvais, dans l’Oise, des sympathisants inséparables seront contraints de mener campagne individuellement jusqu’en juin. Leurs plaisanteries entre eux ont déjà commencé. Alors qu’ils sont en train de distribuer des prospectus pour leur lutte locale contre le doublement du trafic aérien, l’un d’entre eux, écologiste, taquine les autres en leur montrant la photo de sa candidate aux européennes : « Ici, j’ai mon côté Europe Écologie-Les Verts, c’est le prospectus de Marie Toussaint que je distribuerai très bientôt. »
« Nous sommes unis sur le terrain »
Les militants rient pour dissimuler la frustration de devoir militer individuellement, dans les mois à venir. Roxane Lundy, élue Générations : « Je trouve qu’il y a un certain décalage entre nous et nos directions parisiennes qui ont décidé de se diviser. Alors que sur le terrain, nous sommes unis, luttant ensemble. » Elle et José Quillet, son camarade de La France Insoumise, craignent que la présence de listes indépendantes brise l’élan créé par la Nupes et décourage les électeurs. « C’est déconcertant, déplore José Quillet. Les gens ne comprennent pas pourquoi certains ont signé un accord Nupes, et quelques mois après cet accord… »
« C’est comme si l’on mettait un maillot de foot pour jouer un match et qu’à la mi-temps on change de maillot parce qu’on n’est pas satisfait. »
José Quillet, militant LFIà 42mag.fr
En utilisant également une métaphore footballistique, l’écologiste Bruno Clinckemaillie met les choses en perspectives : « Il va y avoir une sorte de pause, un moment de détente, où l’on va se dédier à faire gagner notre candidat pour les européennes. Ensuite, on se réjouira de se retrouver de nouveau ensemble pour les élections municipales. Dans les équipes de foot, il y a parfois des joueurs qui jouent pour faire triompher leur club. Dans notre cas, nous jouons pour faire gagner Beauvais au cœur, localement. Et ensuite, chaque joueur retournera dans son pays pour tenter de remporter une autre compétition. L’un n’empêche pas l’autre ».
Une chose est certaine pour le militant socialiste du groupe, Maxime Loisel : ici, à Beauvais, le pacte de non-agression sera honoré. « Il y aura des chamailleries, mais il n’y aura pas de bataille, c’est certain ! Je suis prêt à aller distribuer des prospectus le matin pour Glucksman, on déjeunera ensemble à midi et puis l’après-midi on ira distribuer des prospectus pour les élections municipales, assure Maxime Loisel. Il n’y a pas de souci ».
« Nous ne serions pas autant si nous n’étions pas Nupes »
Les députés fidèles à l’union s’efforcent de maintenir celle-ci. Cela inclut la tenue de meetings, comme dans ce théâtre parisien, où l’écologiste Julien Bayou invite ses alliés de l’Assemblée pour un débat sur la VIe République : « Selon moi, il faut pouvoir dire ‘Formez vos listes, lancez-vous dans l’aventure’, comme dirait Blum et pour nous, ‘on sauvegarde la vieille demeure de l’unité’. Nous sommes portés par un espoir. Nous ne devrions pas nous laisser embobiner par des stratégies qui nous conduisent à l’impasse ».
Pour lui, il est important de maintenir les liens, comme avec le socialiste Boris Vallaud, qui vient d’arriver : « Il y en a avec qui c’est plus complexe. Il y a des cadres qui ne nous conviennent plus, ou que nous voulons faire évoluer. Et il y a aussi des gens qui s’entendent bien ».
Ainsi, loin des conflits entre chefs de partis, pour l’écologiste Sébastien Peytavie, il ne faut pas perdre de vue ce logo sur les prospectus de campagne : « Nous avons été élus sous ce logo et je crois que nous en avons pris conscience. Nous ne serions pas aussi nombreux si nous n’étions pas Nupes. »Proposer un débat ensemble sur un sujet, c’est aussi une manière de montrer ce à quoi pourrait ressembler une future alliance, cette fois sans Jean-Luc Mélenchon qui divise l’électorat de gauche, surtout depuis les attaques du Hamas.
« Commencer par le changement de Constitution, ce n’est pas une petite affaire. Il va falloir que la société toute entière soit mobilisée, que nous nous unissions toujours plus, que nous élargissions l’espace politique que nous représentons. »
Raquel Garrido, députée LFI de Seine-Saint-Denisà 42mag.fr
Toutefois, l’unité reste précaire, mise en péril à l’Assemblée et maintenant par les élections européennes. Elsa Faucillon, la communiste, en est bien consciente : « Il faut pouvoir démontrer, à toutes celles et à tous ceux qui aspirent à cette unité, qu’elle est possible pour les européennes et que si elle ne l’est pas, elle le sera ensuite. Même si ce sera plus difficile. Nous devons être lucides, notre score sera forcément plus bas pour chaque liste ». Ces partisans de l’union multiplieront ces moments de partage le mois prochain, et se préparent à intensifier leurs efforts après les élections européennes, avec une proposition commune qui est toujours en attente de divulgation.