Depuis trois jours, des rumeurs courraient sur une possible nomination de François Bayrou. Cependant, mercredi soir, ce dernier a mis fin aux spéculations en déclarant qu’il ne rejoindrait pas le gouvernement. Toutefois, le style de son discours était particulièrement dur lors de cette annonce.
A la suite d’un récent acquittement par le système judiciaire, François Bayrou, qui était sur le point de faire son entrée dans le gouvernement, a choisi de prendre la voie inverse. Les bruits sur sa possible nomination au sein du gouvernement étaient persistants au cours des trois derniers jours. Le dirigeant du MoDem avait tiré le prix vers le haut, demandant cinq sièges pour ses partisans et le ministère de l’Éducation pour lui-même. Selon ses propos, il pensait être en mesure de remédier à la soi-disant « crise de confiance » au sein du système éducatif. Toutefois, Emmanuel Macron lui a offert le ministère de la Défense, proposition que François Bayrou a refusée. Pour expliquer son refus, il a émis une critique à l’égard du Président.
Jugement à propos des ministres actuels
Bayrou s’est montré très critique à l’égard du pouvoir en place, mettant en avant « une divergence de vues sur la manière de gouverner » et « une absence de consensus solide sur la direction politique à prendre ». Il est bien connu que François Bayrou considère que le gouvernement est excessivement orienté à droite, à tel point qu’il est presque entièrement sarkozyste. Il n’était d’ailleurs pas très enclin à voir Gabriel Attal propulsé à sa tête. De son côté, le Premier ministre n’était pas très désireux d’accueillir Bayrou au sein de son équipe.
Mais en plus du Premier ministre, le dirigeant du parti centriste vise directement le président. Il met l’accent sur les faiblesses du macronisme, fustigeant « le fossé qui se creuse entre la province et Paris » et « le décalage de plus en plus large entre les citoyens et l’action gouvernementale ». Ces critiques correspondent exactement à deux des principales critiques que nombre d’électeurs adressent à Emmanuel Macron. La sélection des 15 ministres au début du mois de janvier semble avoir renforcé ces critiques : les trois quarts sont originaires de la région francilienne, aucun n’est originaire du sud de la Loire.
La majorité en passe de perdre les nerfs
Bien que cette crise ne menace pas directement la majorité, elle l’affaiblit indéniablement. François Bayrou n’a probablement pas les moyens d’adopter une position d’opposition ouverte, surtout alors que l’extrême droite semble être à l’orée du pouvoir. Mais l’arrivée de cette crise est un coup dur, car elle vient clôturer le processus apparemment interminable de remaniement ministériel. Ce processus a pris un mois pour compléter le gouvernement avec une quinzaine de ministres délégués et de secrétaires d’État.
Il s’est avéré être un mois durant lequel des secteurs qui ont un impact direct sur le quotidien des Français, tels que le logement, les transports ou la santé, ont été laissés sans ministre attitré. Il s’agit également d’un mois marqué par les hésitations, les manœuvres en coulisses et, en fin de compte, le sentiment d’une majorité à bout de nerfs. Pour Emmanuel Macron, le temps est venu de prendre une décision si lui tient à démarrer véritablement son second mandat qui ne semble jamais vraiment commencer.