Au cours des dernières années, on a assisté à une recrudescence de moments d’incertitude liés à l’approvisionnement en médicaments essentiels pour le quotidien des citoyens français, causant une préoccupation croissante chez les professionnels de santé et les patients eux-mêmes.
Le gouvernement français propose des mesures pour contrer la pénurie de médicaments
En 2023, près de 5 000 médicaments, dont l’amoxicilline, des traitements contre le cancer et l’insuline, ont fait l’objet d’un signalement de « rupture de stock » ou « risque de rupture » par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Pour faire face à ces manques, le gouvernement a mis en place, le mercredi 21 février, un nouveau plan d’action pour la période 2024-2027. Ce plan a pour but d’identifier les médicaments sous tension, de relocaliser leur production sur le territoire français et d’informer de manière plus efficace les patients. Ces mesures complètent celles annoncées par Emmanuel Macron en juin 2023.
À noter également que cet article vous aidera à mieux comprendre la pénurie de médicaments en France.
La ministre du Travail, de la Santé et des Solidarités Catherine Vautrin, le ministre délégué chargé de l’Industrie et de l’Energie Roland Lescure, et le ministre délégué chargé de la Santé et de la Prévention Frédéric Valletoux ont la mission de mettre en œuvre cette « nouvelle stratégie ». Le but étant de « garantir la disponibilité des médicaments et de maintenir la souveraineté industrielle » à terme.
La première action du gouvernement consistera à « améliorer la surveillance de la disponibilité » des 450 médicaments jugés « essentiels », qui ont été identifiés en juin dernier par le gouvernement à la suite d’un hiver particulièrement tendu en 2022-2023. Le plan d’action du gouvernement indique que « plus de la moitié des médicaments de cette liste ont été signalés comme étant en rupture de stock ou à risque de rupture auprès de l’ANSM au cours des deux dernières années ». Cette liste sera désormais « mise à jour chaque année ».
La relocalisation de la production : une solution envisagée
En juin, le gouvernement avait également évoqué la relocalisation de la production de certaines molécules, et s’engage désormais à ce que de « nouvelles installations de fabrication soient annoncées d’ici la fin du mois d’avril ou le début du mois de mai ». De plus, le gouvernement souhaite « empêcher les délocalisations » en imposant aux industriels de chercher un repreneur pour toute production d’un médicament « essentiel » qu’ils souhaitent arrêter. « En cas d’échec, un système de production public sera mis en place », a déclaré Mathilde Bouchardon, conseillère en santé auprès du ministre délégué chargé de l’Industrie.
La première usine européenne de paracétamol devrait voir le jour en 2025 à Toulouse (Haute-Garonne) et permettre la fin de la dépendance à l’égard de la production asiatique et américaine. « Nous ferons la même chose pour l’amoxicilline et les autres médicaments essentiels », a déclaré Roland Lescure au Parisien.
Informations aux patients et médecins : une des clés de la stratégie
En outre, le gouvernement veut « promouvoir la bonne utilisation du médicament, y compris les antibiotiques, pour en garantir un usage contrôlé et pertinent » selon le plan. Cela signifie qu’il faudra mener des campagnes de sensibilisation à l’attention du public, mais aussi adapter le conditionnement des médicaments aux prescriptions médicales afin de limiter le gaspillage.
Le gouvernement cherche également à encourager les médecins à ne pas prescrire des médicaments en rupture de stock en facilitant leur accès à des bases de données à jour des médicaments disponibles. Dès cette année, l’ANSM et la Haute Autorité de santé devraient fournir des listes d’équivalence aux praticiens et aux pharmaciens. Le gouvernement souhaite également que les pharmacies commandent, dans 80% des cas, leurs stocks de molécules à des grossistes.
Enfin, la ministre du Travail, de la Santé et des Solidarités, Catherine Vautrin, veut améliorer l’information des patients sur la disponibilité des médicaments dans les pharmacies, afin d’éviter qu’ils aient à se rendre dans plusieurs établissements.
L’Observatoire Transparence Médicaments a réagi à la publication de l’article du Parisien qui révélait mercredi le plan du gouvernement en avant-première. « La ‘feuille de route’ du gouvernement n’est qu’une nouvelle annonce sans conséquences », critiquait l’organisme. « Les ministres changent, mais l’insouciance demeure ».