On ne dispose toujours pas d’informations précises sur le cabinet entier de Gabriel Attal, même ce jeudi matin. Que ce soit dans les allées de Matignon ou celles de l’Assemblée nationale, cette attente agace considérablement le monde politique.
Malgré toute l’anticipation, l’annonce du nouveau gouvernement tant promis « dans les prochaines heures » lors de la réunion du Conseil des ministres le mercredi, n’a pas vu le jour le jeudi 8 février. C’est une situation frustrante pour beaucoup, et même à Matignon, on admet que c’est insupportable.
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La veille, des consultants ont fait le voyage dans le Pas-de-Calais pour planifier une deuxième visite de Gabriel Attal auprès des victimes d’inondations, sans aucune assurance que ce ne serait pas inutile. Le plan initial, soit un remaniement mercredi soir, ensuite une séance de travail avec l’effectif complet le jeudi matin pour finir sur le terrain, s’est malheureusement dégonflé. Cela s’est passé bien évidemment avant que François Bayrou, pressenti pour une réintégration au gouvernement depuis sa démission en 2017, ne refuse le poste de ministre de la Défense et celui de l’Education, faute « d’accord profond sur la politique à suivre ».
Les « super ministres » attendent encore du soutien. Prenons par exemple le cas de l’examen de la loi sur la sécurité des élus locaux à l’Assemblée nationale depuis le début de la semaine. Ce projet de loi aurait dû être défendu par Dominique Faure, l’ancienne ministre déléguée aux Collectivités territoriales. Mais en raison de son absence, Christophe Béchu et Éric Dupond-Moretti sont obligés d’assumer le rôle. Un ministre récemment confirmé confesse que « Les dossiers transversaux sont compliqués à gérer ». Il n’y a toujours personne qui s’occupe du logement, du transport, de la santé.
Sensation d’un « manque absolu de respect »
Les ministres confirmés ne sont pas les plus à plaindre. Il y a ceux à qui le Palais de l’Elysée avait promis lors du premier tour de nominations que la suite arriverait dans dix jours maximum. Mais la crise agricole a tout paralysé. Ensuite, François Bayrou a été disculpé et la situation a évolué. Ces ministres se retrouvent donc suspendus dans un état d’incertitude, ne s’occupant pas officiellement des affaires courantes mais contraints de surveiller les dossiers que leurs précédents correspondants ne savent plus à qui confier.
Pour leurs associés, c’est encore pire. Certains ont réussi à prendre des vacances, mais maintenant ils doivent s’occuper, faute d’informations. Ensuite, il y a le sort incertain des suppléants à l’Assemblée nationale. 21 ministres du gouvernement Borne ont été élus députés en juin 2022. Et leurs 21 suppléants ont tous reçu un courriel le dimanche soir à 23h59. En effet, ils ne seront plus députés si les titulaires reviennent. Chaque heure qui passe aggrave la frustration, avec un sentiment de « manque absolu de respect » omniprésent. « Il est clair que le président est aux prises avec la procrastination », se lamente l’un d’eux, se demandant si Emmanuel Macron, avec « un soupçon de perversité », n’y trouve pas « une certaine satisfaction ».