Depuis qu’il a exposé les méthodes de la mafia et le trafic de drogues, il y a deux décennies, Roberto Saviano vit sous surveillance. S’adressant aux membres du Sénat en France, il leur fait part de sa conviction : c’est aux autorités gouvernementales d’agir. Il plaide également en faveur de la permission légale d’utiliser le cannabis.
Lorsqu’il s’exprime depuis Rome à travers un écran vers les sénateurs, on ne saisit pas le cadre de protection qui entoure Roberto Saviano. Les véhicules à protections avancées et les sept gardes de sécurité qui l’escortent chaque jour sont cachés. Seul son visage apparaît à l’écran, avec sa tête rasée et sa barbe poivre et sel.
Depuis presque deux décennies, après les révélations scandaleuses de son ouvrage Gomorra concernant la mafia de Naples, il y a une récompense pour celui qui parviendra à le tuer. Roberto Saviano, journaliste-d’investigation et écrivain italien, a pris la parole lundi 26 Février en visioconférence dans le cadre du travail de la Commission d’enquête sur l’incidence du trafic de drogue en France et les dispositions à adopter pour le combattre.
Dès le début, Roberto Saviano essaie d’expliquer aux sénateurs l’ampleur lucrative du marché de la cocaïne.
« Si vous avez placé aujourd’hui 1000 euros en actions sur le marché boursier, vous auriez 1100 euros après un an, en supposant que tout se passe bien. Si vous avez investi 1000 euros sur le marché de la cocaïne, vous obtiendrez 182 000€ un an après. »
Roberto Savianoen s’adressant aux sénateurs français
Roberto Saviano considère que la France en général, et spécifiquement Marseille, qu’il décrit comme la ville sœur de Naples, subit de plein fouet le narcotrafic. D’après lui, aucune structure politique ne s’y risque parce que cette thématique n’attire pas l’attention du public. Pourtant, il estime que tous les pays d’Europe doivent se rassembler pour élaborer une stratégie anti-Mafia.
Proposition de légalisation du cannabis pour l’éloigner des drogues plus dangereuses
Roberto Saviano a aussi argumenté au cours de son discours devant les sénateurs de l’importance de légaliser l’usage du cannabis. Cela représenterait une chute financière pour le trafic de drogue qui tire 40% de ses revenus des drogues dures, selon lui. Il a évoqué la situation aux États-Unis et en Uruguay comme des exemples de succès.
Roberto Saviano explique que « La légalisation impose aux groupes criminels de renoncer à une partie de leurs revenus, mais aussi à certains territoires. Il n’est pas rare que ceux qui consomment de la marijuana se tournent ensuite vers la cocaïne, puis l’héroïne. Cela se produit généralement parce que le même vendeur fournit les deux types de drogues. Avec la légalisation, ce phénomène est éliminé ».
Le coût élevé de la lutte
En Italie, malgré des initiatives politiques et législatives, la lutte contre la mafia manque de ressources. Roberto Saviano dénonce une justice trop lente et une crise au sein de la société civile, où peu de personnes s’engagent et celles qui osent le faire paient un lourd tribut.
Il confie : « Personnellement, j’estime avoir sacrifié ma vie. Je ne réalise pas ce que je faisais. J’étais romantique, j’étais peut-être naïf. J’avais 26 ans et je me suis retrouvé plongé dans cette situation. Aujourd’hui, j’ai 40 ans et je suis toujours dans la même situation, malheureusement ». Roberto Saviano continue d’inciter devant les membres du gouvernement français, il est de la responsabilité du milieu politique d’agir.