Dans une interview accordée dimanche aux quotidiens « Libération » et « La Croix », Emmanuel Macron a déclaré qu’il présentera une proposition de loi en avril concernant une « assistance à la fin de vie » qui serait soumise à des « règles rigoureuses ».
Lundi 11 mars, Philippe Juvin, député Les Républicains des Hauts-de-Seine et chef des urgences de l’hôpital Georges Pompidou a déclaré sur 42mag.fr que l’Etat n’a pas le pouvoir de donner la mort. Ce propos fait suite à l’annonce d’un futur projet de loi qui prône l’ajout d’une clause pour aider à mourir.
Est-ce que Philippe Juvin soutient le projet de loi sur la fin de vie que préconise Emmanuel Macron ?
Selon Philippe Juvin, en tant que médecin, il vient en aide aux gens pour mourir tous les jours. Il explique que le but est de les accompagner, les soulager mais non les assassiner en leur administrant des médicaments. Philippe Juvin critique l’initiative d’Emmanuel Macron, qui souhaite maintenant que les médecins puissent administrer une substance pour provoquer la mort, ce qui n’était bien sûr pas le cas auparavant. Ce fut cependant la situation à une certaine époque, durant laquelle cette pratique était illégale, avant la mise en place des soins palliatifs.
En débutant sa carrière de médecin voilà trente ans, Philippe Juvin a vu des pratiques qui visait à hâter la mort de patients en fin de vie avec des médicaments, car cela semblait être la seule solution. Aujourd’hui, il s’agit de la sédation profonde : quand un patient souffre énormément en phase terminale, il peut demander à être plongé dans le sommeil – c’est la loi Leonetti. Philippe Juvin affirme l’avoir fait et le fait encore, mais le but n’est pas de causer la mort, mais de soulager les patients.
Pourquoi utiliser le terme « aide active à mourir » plutôt que « euthanasie » ou « suicide assisté » ?
Emmanuel Macron souhaite éviter d’heurter l’opinion publique et n’utilise donc pas les termes appropriés : ce qu’il nous propose est bien de l’euthanasie, comme c’est le cas dans certains pays. Philippe Juvin déclare être préoccupé par le fait que dans les pays où l’euthanasie est légale, des limites ont été fixées au début, indiquant qu’elle s’adresserait à certains patients et pas à d’autres. Avec le temps, ces limites ont évolué et des dérives sont apparues, permettant l’euthanasie à des catégories de patients qui étaient interdites au départ. Sidérant, il évoque le cas de la Belgique, où l’euthanasie est autorisée aux mineurs, aux enfants depuis 2014.
Selon Philippe Juvin, l’Etat ne doit en aucun cas se donner le droit de donner la mort à quelqu’un. Il ajoute que Robert Badinter s’était opposé à l’euthanasie, insistant sur le fait que l’Etat ne peut jamais ôter la vie à quelqu’un. D’après Philippe Juvin, si vous créez une exception, happé par le domino effect, vous en créerez une deuxième et ensuite une troisième…
Citation
« Ce qui nous manque en France, c’est des soins palliatifs. En fin de journée aujourd’hui, 500 personnes en France sont mortes sans avoir eu accès à des soins palliatifs, alors qu’elles auraient dû y avoir accès. Le vrai sujet, c’est comment on aide les gens à mourir avec les soins palliatifs. »
Quelle est la réalité de l’expansion des soins palliatifs en France, promis en parallèle du projet de loi ?
D’après Philippe Juvin, le président de la République joue sur la communication. Il pointe du doigt la proposition du président, en affirmant que l’enveloppe dédiée au développement des soins palliatifs représente seulement 1,50 euro par Français et par an. Ce député réclame plus d’unités de soins palliatifs et d’unités mobiles. Il approuve le Conseil consultatif national d’éthique qui souhaitait voir la légalisation e l’euthanasie manquée tant que les soins palliatifs ne seraient pas en place à grande échelle.
Que répondre aux patients qui restent en soins palliatifs, en état de mort cérébrale, maintenus en vie inutilement ?
Philippe Juvin admet l’existence de ces cas très médiatisés. Cependant, il affirme que l’euthanasie ne peut être administrée à une personne qui ne pourra pas s’y opposer. Les personnes dans le coma, souvent citées dans les débats, n’ont pas leur mot à dire . Chose alarmante, certains demandent à ce que l’euthanasie puisse être appliquée en se basant sur des directives anticipées : les patients deviennent séniles, ne peuvent plus s’exprimer, mais dès lors qu’ils auraient exprimé, cinq ou dix ans plus tôt, leur souhait d’être euthanasiés, ils ne pourraient pas se défendre dans le cas présent. Philippe Juvin espère que cela ne se produira pas.
Selon lui, en tant que médecin, sa mission est de protéger les plus vulnérables. Quand il entre dans la chambre d’un patient vêtu de sa blouse blanche, il ne veut pas que le patient se demande pourquoi il est là. Il affirme être là pour soulager, aider, accompagner les patients vers la mort, mais surtout pas pour provoquer leur mort. Il s’oppose à ce projet de loi au regard du précédent établi par tous les pays où l’euthanasie est devenue légale, puisque le champ d’application a progressivement été étendu, en autorisant notamment l’euthanasie pour les patients atteints de troubles mentaux. Il parle de son expérience personnelle, rencontrant quotidiennement aux urgences et en réanimation des personnes ayant tenté de se suicider. Il s’interroge sur l’attitude à adopter dans l’avenir : devront-ils continuer à les réanimer ou ne plus les réanimer, en présumant de la légalisation du suicide assisté ? Il craint que nous entrions dans un monde où tous les repères sont effacés.
Enfin, il vous invite à regarder l’émission dans son intégralité pour bien saisir son point de vue.