Le dimanche 31 mars est le jour des élections municipales en Turquie, avec 61 millions de citoyens qui sont invités à voter. L’importance de ces élections est plus grande que celle d’une simple élection locale.
Les futures municipales turques sont lourdes d’enjeux pour le président Recep Tayyip Erdoğan. Celui-ci a clairement exprimé sa détermination à reprendre le contrôle de la mairie d’Istanbul, ville qui a été le point de départ de sa carrière politique et qui représente un tiers du PIB du pays. De fait, il concentre ses efforts de campagne sur cette ville, tout en restant présent sur le terrain électoral à l’échelle nationale.
Si le candidat soutenu par Erdoğan échoue dans la course à la mairie d’Istanbul, ce sera perçu comme une défaite personnelle du président. Dans ce cas, le maire sortant Ekrem İmamoğlu sera bien positionné pour les élections présidentielles de 2028. Si, au contraire, le candidat de l’AKP (le parti d’Erdogan) remporte l’élection, cela confirmera la domination d’Erdogan sur le pays, qui a déjà le contrôle de l’exécutif, du système judiciaire et dont le parti dispose de la majorité absolue au parlement. Ainsi, aucun contre-pouvoir ne serait en mesure de freiner ses tendances autoritaires, étant donné que l’opposition n’est forte que dans les grandes villes.
L’importance des votes des retraités
La situation est plus complexe à Istanbul, qui sera le baromètre de la réussite ou de l’échec d’Erdogan, qu’elle ne l’était en 2019 pour le maire sortant. Les différents partis de l’opposition, affaiblis suite à la défaite lors des élections présidentielles, présentent chacun un candidat à la mairie. Ce morcellement des voix pourrait, en cas de vote serré, coûter sa place à Ekrem İmamoğlu. Toutefois, l’AKP n’est pas non plus en position de confort, la crise économique de plus en plus pesante rendant les électeurs mécontents. Les promesses d’amélioration post-élections présidentielles n’ont pas été tenues, et nous assistons à une hausse de la pauvreté, notamment chez les retraités qui représentent un segment clé de l’électorat.
En Turquie, les retraités , au nombre de 16 millions, représentent près d’un quart de l’électorat. Certains ont à peine 50 ans, mais on compte huit millions de personnes de plus de 65 ans. Ces derniers, qui vivent avec une pension de base correspondant à la moitié du seuil de la faim, sont particulièrement mécontents d’Erdogan qui n’a pas augmenté leurs retraites malgré ses promesses. Cette situation pourrait se traduire par un vote défavorable au président. En outre, tous les partis, notamment un parti islamiste très conservateur en pleine ascension et rival de l’AKP, cherchent à gagner les faveurs de cette population. Le rapport de forces entre le parti du président, le parti laïque de l’opposition et ce nouveau parti islamiste lors de ces élections municipales donnera de précieuses informations sur l’orientation future de la Turquie.