En route pour le Portugal, où les récents scrutins ont changé la configuration politique. Les partis nationalistes y ont gagné du terrain. Des détails nous sont fournis par la rédactrice et envoyée spéciale portugaise à Paris, Anna Navarro-Pedro.
Les élections législatives portugaises : Un retour sur les résultats
Anna Navarro-Pedro et José-Manuel Lamarque nous proposent une analyse des récents résultats des élections législatives au Portugal qui se sont déroulées le 10 mars dernier. Le parti conservateur a remporté cette élection, tandis que le parti populiste d’extrême droite, le « Chega », a fait une percée significative avec 18% des voix.
Que peut-on prévoir pour la constitution du futur gouvernement?
Selon Anna Navarro-Pedro, le Parti socialiste, précédemment en place avec une majorité absolue, a perdu un grand nombre de sièges au Parlement. Si leur défaite se joue à quelques milliers de voix face aux conservateurs, ils se considèrent déjà comme faisant partie de l’opposition.
Il reste à dénombrer les votes provenant des Portugais résidant à l’étranger, qui pourraient influencer l’attribution de quatre sièges de députés. Par la suite, les pourparlers entre les différents partis vont débuter. Pour l’heure, étant donné qu’ils n’ont que deux députés de moins, les socialistes se voient clairement dans l’opposition.
Une hypothèse avancée serait que le Parti socialiste forme un gouvernement avec la droite, vainqueur des élections, dans le but de freiner l’ascension du parti nationaliste Chega. Cependant, le chef du Parti socialiste, Antonio Costa, rejette fermement cette idée.
Quel risque pour le bipartisme portugais?
L’autre argument de poids est le suivant : si la coalition entre les deux principaux partis portugais venait à se former et qu’elle ne bénéficiait pas du soutien des citoyens, le seul parti restant à diriger le pays serait le Chega, nationaliste.
C’est cette raison précise qui fait échouer la proposition d’un gouvernement d’unité nationale. Une autre alternative serait la formation d’un bloc d’opposition de gauche face au nouveau gouvernement conservateur, mené par l’Alliance démocratique. La principale question en suspense est de savoir si cette formation de droite parlementaire formera une coalition avec Chega ou non.
La position du Président portugais
Le président actuel, Marcelo Rebelo de Sousa, un conservateur, ne serait pas contre une victoire des conservateurs. Certains susurrent même qu’il aurait tout mis en oeuvre pour que son parti prenne le pouvoir avant son départ, ayant atteint la limite de ses deux mandats. Toutefois, il s’est publiquement opposé à une alliance de son parti avec le parti d’extrême droite Chega. En revanche, le leader de ce dernier, André Ventura, affirme que lors d’une conversation privée, le président lui aurait laissé entendre qu’il pourrait envisager un tel scénario.
Le parti Chega : « Il suffit » en portugais
Chega signifie « Il suffit ». Bien que ce parti n’adhère ni aux principes, ni à l’idéologie de Salazar, il entretient des liens avec cette idée. Son électorat compte de nombreux partisans de Salazar. Lors des élections législatives d’il y a deux ans, la devise du parti a été « Dieu, Patrie, Famille et Travail », rappelant de près celle de Salazar, avec une possible allusion à Pétain pour « Travail ».
Un parti nationaliste avec 18% des voix, principalement dans les régions du sud du Portugal ?
Le parti Chega est arrivé en tête en Algarve, ce qui est assez surprenant. Il a réussi à faire élire des députés dans presque toutes les régions du pays, sauf à Bragance, une région fortement catholique et conservatrice.
Quelles seraient les conséquences de l’entrée au gouvernement du parti nationaliste populiste Chega ?
Anna Navarro-Pedro prédit que Chega enverra plusieurs députés au Parlement européen, une perspective qui plairait à Marine Le Pen, leader du Front National en France et qui s’est rendue plusieurs fois au Portugal pour soutenir André Ventura. Selon elle, l’incorporation de Chega au gouvernement aurait des conséquences notables sur la politique portugaise.
Qu’en est-il de la formation du futur gouvernement ?
Les discussions en vue de la formation du nouvel exécutif prendront leur essor une fois le décompte des votes des électeurs de l’étranger terminé, soit à partir du 21 mars. Ainsi, on pourrait avoir un premier aperçu de la situation la semaine prochaine.