La conclusion du débat sur les recettes budgétaires, initialement prévue pour vendredi, a finalement été décalée à samedi soir. Bien que le recours à l’article 49.3 semble inévitable, chaque partie s’efforce de montrer un visage de responsabilité afin d’éviter d’être blâmée pour son emploi.
Alors que le projet de loi de finances avance difficilement à l’Assemblée nationale, certains groupes parlementaires montrent soudainement une ouverture. Les quatre organisations constituant le Nouveau Front populaire ont, le jeudi 24 octobre, pris l’initiative d’adopter un comportement plus coopératif. À gauche, on a décidé de retirer environ 25 % des amendements initiaux proposés sur la partie recettes du budget. Du côté des centristes qui soutiennent le macronisme, ils ont supprimé près d’une centaine d’amendements. Le Rassemblement national, quant à lui, souligne un comportement qu’il qualifie de « responsable » en soutenant occasionnellement des amendements émanant d’autres groupes. Tous ces groupes affichent avec insistance un même but : permettre au débat de progresser de manière substantielle et d’aboutir.
Ce projet semble cependant voué à l’échec. D’une part, les délais ne permettent pas un examen sérieux. La clôture de la discussion sur la partie recettes a été repoussée de vendredi à samedi soir. Cela semble insuffisant pour aborder tous les amendements encore en suspens. D’autre part, nombre d’entre eux s’attendent à ce que le Premier ministre active l’article 49.3. Ne disposant pas d’une majorité absolue, Michel Barnier risque d’employer cette procédure pour hâter l’adoption du budget sans vote, dès lors qu’une motion de censure n’est pas votée. Dans l’opposition comme parmi les partisans du « socle commun » qui soutient le gouvernement, cette issue est considérée comme inévitable, chacun cherchant à en attribuer la responsabilité à l’adversaire.
Les stratégies politiques
Michel Barnier cherche à renforcer son image d’homme ouvert au dialogue et prêt au compromis. Il laisse donc les échanges se prolonger afin de faire apparaître ses adversaires comme responsables du blocage. De son côté, la gauche proclame le retrait de ses amendements pour montrer qu’elle sait être constructive et pour accuser l’exécutif d’être à l’origine de l’impasse, voire de pratiquer un « déni de démocratie » en cas de recours au 49.3. Une stratégie souvent observée depuis 2022, sous les gouvernements de Mme Borne puis de M. Attal. Chaque camp tente donc d’afficher un sens des responsabilités. En raison de la menace politique de l’extrême droite et de l’urgence de redresser les finances publiques, la sagesse aurait voulu que droite, centre et gauche collaborent pour élaborer un budget commun. Cependant, l’unité républicaine s’est effacée, laissant place à des stratégies essentiellement axées sur l’image politique.