À l’initiative de François Bayrou, les petits-déjeuners politiques sont devenus une habitude quotidienne incontournable. Plutôt que de se concentrer sur des décisions formelles, ces réunions matinales visent à renforcer la cohésion d’équipe et à faciliter la communication entre les membres d’un gouvernement aux multiples composantes.
La « diplomatie matinale au petit-déjeuner » initiée par François Bayrou est une approche originale pour décrire ces rencontres dont l’objectif est de faciliter la communication et de lisser les interactions. Le matin du 10 avril, alors que l’horloge pointe 7h30, l’ensemble des ministres se presse à Matignon pour l’un de ces petits-déjeuners désormais célèbres. Vu de l’extérieur, cela rappelle une version plus décontractée du Conseil des ministres, sans la présence du président. C’est une occasion pour le Premier ministre de passer en revue des questions communes et « de diriger une équipe composée de figures aux parcours variés », comme l’indique son entourage. François Bayrou utilise ce moment pour aborder la notion de « travail d’équipe » au sein du gouvernement. Une ou deux personnalités ministérielles prennent la parole pour exposer un thème technique. La discussion est ouverte, avec un micro qui circule parmi les participants.
Néanmoins, ces réunions ne sont pas destinées à la prise de décisions, qui se fait lors de rencontres restreintes. « Cela me permet surtout de mieux comprendre les projets des autres », confie un jeune ministre, tandis qu’une autre voit ces réunions comme une opportunité de « renforcer les liens » avec ses pairs, une situation qu’elle n’avait pas expérimentée dans d’autres gouvernements. Un ministre des Républicains partage son étonnement et sa satisfaction d’apprendre à connaître ces ministres macronistes inconnus jusque-là.
Un autre rendez-vous, devenu rituel chaque mardi, est celui des petits-déjeuners de la majorité. Cette fois, François Bayrou rassemble les cinq dirigeants des groupes parlementaires censés le soutenir à l’Assemblée nationale, ainsi que les cinq du Sénat. Le terme de « chef de la majorité » est rarement employé avec sérieux, provoquant même des rires vu la majorité relative à l’Assemblée et le manque d’homogénéité de ce « groupe commun ». Les parlementaires préfèrent se référer à lui comme « coordinateur ». Cet espace est primordial pour coordonner les efforts législatifs et offrir une plateforme d’échange entre dirigeants de groupes, tels Laurent Wauquiez et Gabriel Attal, dont les interactions directes sont rares. Certains participants saisissent l’occasion pour exprimer des critiques, une spécialité de Laurent Wauquiez qui a déjà vivement contesté les méthodes gouvernementales. À la suite d’une séance houleuse à l’Assemblée, le chef des députés Les Républicains avait même boudé le dernier petit-déjeuner.
Quand la synchronisation politique prend des allures de réunion familiale
Cependant, même ici, certains se questionnent sur leur utilité : « Ce n’est pas le créneau le plus productif de ma semaine, toute l’attention se concentre quand le Premier ministre propose : qui veut un yaourt ? », rapporte un chef de groupe. D’autres déplorent une ambiance de « salon de café » où les discussions s’apparentent à des bavardages sur l’actualité.
Le plus récent ajout aux rendez-vous conviviaux de Matignon est un dîner qui a rassemblé pour la première fois les dirigeants des partis du groupe commun, organisé il y a deux semaines suite aux tensions montantes entre Édouard Philippe et François Bayrou. Le Premier ministre a jugé nécessaire de tenter de coordonner les partis du groupe en prévision des prochaines élections municipales. On ignore s’il y avait des yaourts au dessert.