Il est largement admis que personne n’a envie de voter ce budget-là, affirme l’élu socialiste, invité politique de l’émission La Matinale, à l’approche du rendez-vous entre les groupes parlementaires et le ministère de l’Économie et des Finances, prévu en fin d’après-midi ce mardi 6 janvier.
Jeudi, le budget 2026 fera son retour à l’Assemblée nationale, dans le cadre de la commission des Finances. En amont de cette étape, les groupes parlementaires seront reçus à Bercy ce mardi 6 janvier à 17 h. Les représentants des socialistes réclament une justice fiscale tout en protégeant le tissu économique local; ils affirment qu’il faut un budget qui serve l’ensemble du pays, selon Jérôme Guedj.
Note editoriale: ce passage constitue une partie de la retranscription de l’interview évoquée plus haut. Pour voir l’entretien dans son intégralité, il convient de cliquer sur la vidéo.
Alix Bouilhaguet résume: le budget va être présenté jeudi à l’Assemblée nationale, toujours dans la commission des Finances. D’ici là, les groupes seront reçu à Bercy à 17 heures. Le gouvernement veut maintenir le cap, c’est-à-dire viser un déficit inférieur à 5 %, et selon les services de Bercy, il reste 10 milliards à identifier, alors que les socialistes demandent 10 milliards de plus.
Jérôme Guedj précise que leur position n’a pas changé: ils exigent une justice fiscale qui fasse peser l’effort en priorité sur ceux qui en ont les moyens, notamment les grandes entreprises et les patrimoines les plus élevés, tout en préservant les commerces de proximité, les TPE, les PME et les ETI. Il indique qu’ils ont avancé des propositions depuis des semaines et appelle à trouver un compromis, à l’instar de ce qui a été possible sur le budget de la Sécurité sociale, lequel a été voté pour la première fois. Il affirme qu’un vrai budget est nécessaire pour l’ensemble du pays, et que s’en tenir à la loi spéciale actuelle reviendrait à perpétuer une injustice, avec des crédits d’État gelés et sans mesure de justice fiscale en vue.
On lui demande ensuite ce qu’il pense d’un éventuel retour de la surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises, soutenu par Roland Lescure, ministre de l’Économie, et qui avait été supprimée par le Sénat. Est-ce suffisant, selon lui?
Autrefois, la surtaxe était plus élevée: l’Assemblée avait même voté une version plus forte, après que le gouvernement avait initialement proposé de ramener le niveau à une valeur antérieure. Le gouvernement avait présenté une option autour de 4 milliards d’euros, alors qu’elle était de 8 milliards l’année précédente; François Bayrou avait voté pour un budget portant sur 8 milliards. Guedj rappelle que ces recettes touchent une poignée d’entreprises particulièrement importantes et qu’elles aideraient précisément à préserver le pouvoir d’achat des ménages, à garantir le maintien des enseignants dans les écoles et à assurer le bon fonctionnement des services publics.
Sur la question de savoir si, en revenant à une telle surtaxe, les socialistes pourraient accepter un compromis, Guedj répond franchement qu’ils soutiennent le principe d’économies réalisées sans pénaliser les Français les plus modestes et les classes moyennes, tout en recherchant une efficacité accrue de la dépense publique. Il rappelle toutefois que cette démarche doit s’accompagner d’une justice fiscale et d’un consensus sur les outils disponibles pour atteindre l’objectif de déficit de 5 %. Les recettes envisagées ne doivent pas toucher les classes moyennes et populaires, doivent préserver l’appareil économique et permettre d’imposer les plus hauts patrimoines et les grandes entreprises. Des mécanismes existent sur la table, et chacun devra les valider; il faut aussi une trajectoire de dépenses qui protège l’éducation, les enjeux climatiques et le fonds vert, parmi d’autres mesures.
Par ailleurs, contrairement au budget de la Sécurité sociale, les socialistes ne sont pas prêts à voter en faveur du projet de finances de l’État. À tout le moins, ils pourraient s’abstenir. On lui demande alors si Sébastien Lecornu doit assumer ses responsabilités et engager un 49.3.
Guedj rappelle que personne n’a envie de voter pour ce budget, et que l’esprit de compromis n’a pas abouti à ce qui paraîtrait le plus logique. Accepter un compromis ne signifie pas soutenir le gouvernement. Il n’est pas dans la majorité, mais il estime qu’un budget pour le pays est nécessaire afin de financer les services publics et de répondre aux besoins, y compris dans le cadre international et en renforçant les moyens de l’armée. La question du 49.3 lui semble secondaire par rapport à la nécessité d’un budget acceptable pour le pays.
Que répondre à la question “et maintenant, est-ce qu’on peut éviter le 49.3 ?” Guedj réaffirme l’importance d’éviter cet article autant que possible pour permettre à la discussion d’aller le plus loin possible. Le succès obtenu sur le budget de la Sécurité sociale montre que c’est faisable; s’il n’en va pas de même pour le budget de l’État, il faudra tout de même qu’un budget soit adopté, car la poursuite de la loi spéciale demeure ce qu’il y a de pire pour le fonctionnement des services publics, les collectivités locales, la transition écologique et le pouvoir d’achat des Français. Cette situation ne peut perdurer.
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