Pour rassurer Olivier Mauco, on affirme qu’Ubisoft ne connaîtra pas de disparition. En revanche, les périodes de grande vitalité qui avaient marqué l’industrie du jeu vidéo appartiennent désormais au passé.
Selon Olivier Mauco, président de l’Observatoire européen des jeux vidéo, le secteur du jeu vidéo traverse une période marquée par une crise structurelle d’ampleur inédite. Ces propos ont été prononcés mardi 10 février sur France Inter, à l’heure où Ubisoft entame une grève de trois jours.
Le champion hexagonal des jeux vidéo, qui célébrera ses 40 ans le mois prochain, traverse des turbulences financières et a annoncé un nouveau plan d’économies, des suppressions de productions et une réorganisation interne. Ces dernières années, Ubisoft, qui emploie environ 17 000 personnes à travers le monde, a déjà procédé à des départs qui dépassent les 3 000 postes.
« Les rivaux traversent eux aussi des moments difficiles »
La crise « inédite » qui frappe le groupe depuis environ 18 mois représente, selon Mauco, une crise d’ampleur globale pour le secteur du jeu vidéo. « Les rivaux vont mal aussi », affirme-t-il. Aux États‑Unis, « environ un tiers des professionnels de l’industrie du jeu vidéo » ont été confrontés à un licenciement au cours des deux dernières années, insiste-t-il, en faisant référence à un rapport récent.
Plusieurs explications viennent éclairer ce phénomène, notamment un effet de bulle pendant la période Covid, qui a vu affluer de nombreux joueurs et engendrer des surinvestissements. Puis, la remontée des taux d’intérêt a fragilisé l’économie du jeu vidéo, car ce secteur se finance majoritairement par la dette, les projets étant longs à produire, indique Mauco, avec une durée moyenne d’environ cinq ans. « Avec l’augmentation des taux, on se retrouve à porter un poids croissant dans le remboursement, ce qui modifie les budgets », ajoute-t-il.
« Dans le secteur indépendant, un jeu sur 8 000 parvient à sortir du lot »
Les méthodes évoluent aussi et les cycles de production du jeu vidéo ne permettent pas une adaptation rapide. De plus, le marché est saturé: « dans le domaine indépendant, on dit qu’un jeu sur huit mille finit par percer », précise l’enseignant de l’Université Paris-D Dauphine.
À cela s’ajoute le fait qu’Ubisoft a développé des titres qui n’ont pas rencontré le succès escompté, souligne Mauco.
Pour autant, l’éditeur français ne va pas disparaître, assure-t-il. « La restructuration en cours, centrée sur les studios de création et les droits de propriété intellectuelle détenus par Ubisoft », devrait lui permettre de reprendre une trajectoire plus stable. Reste toutefois que « Ubisoft et le monde du jeu vidéo tel qu’on le connaissait, avec ses années fastes, ont disparu. On n’est plus dans une croissance à deux chiffres ».







