Lors de l’émission Les 4 Vérités, diffusée ce mercredi, la ministre des Armées est revenue sur le dossier relatif à ce passage maritime d’importance stratégique et a déclaré que l’hypothèse d’un minage par l’Iran n’avait pas été officiellement confirmée. En dépit de cette absence de confirmation, elle a toutefois précisé que la navigation des navires n’était plus autorisée dans ce secteur.
Lors d’une visite récente à Chypre, il y a deux jours, Emmanuel Macron a réaffirmé l’engagement de la France à protéger ses partenaires et à sécuriser la zone en coopération avec d’autres États, une fois la situation stabilisée. Invitée sur l’émission « 4V » ce mercredi, Catherine Vautrin, la ministre des Armées, confirme que le défilé du détroit demeure fermé et rappelle que la France n’adopte pas une posture militaire active. Selon elle, c’est en dialoguant avec l’ensemble des pays concernés que peut émerger une mission susceptible de dialoguer avec l’ensemble des belligérants, en insistant sur l’importance du chemin diplomatique.
Note: ce texte constitue une partie de la retranscription de l’entretien ci-dessus. Pour en lire l’intégralité, cliquez sur la vidéo.
Gilles Bornstein : Pouvez-vous confirmer que l’Iran cherche à miner le détroit d’Ormuz ?
Catherine Vautrin : À ce stade, rien n’est définitivement établi, je préfère rester extrêmement prudente. En revanche, je peux affirmer que le détroit d’Ormuz est actuellement fermé. C’est une zone extrêmement périlleuse: aucun navire ne peut y passer. En temps normal, ce passage voit passer entre 100 et 120 bateaux par jour, ce qui montre à quel point il est crucial pour le commerce international.
Il semblerait que les États-Unis interviennent contre des navires soupçonnés d’être engagés dans des activités minières, une action considérée comme défensive visant à protéger le commerce mondial. La France pourrait-elle prendre part à de telles opérations et s’attaquer à des navires iraniens soupçonnés de miner le détroit ?
Depuis le début de ce conflit, la France n’est pas impliquée militairement. C’est une précision essentielle. La France n’est pas présente dans le détroit d’Ormuz. Lorsque le président évoque ce détroit, il agit d’abord dans une démarche diplomatique avec divers pays, car l’objectif, c’est de rétablir la circulation. Il faut poser les bases diplomatiques avant d’envisager une action concrète au niveau du détroit. À l’heure où je vous réponds, la France n’envoie pas de bateaux démineurs dans le détroit d’Ormuz. Nous sommes dans une situation autour d’Ormuz qui demeure une zone de conflit.
Et lorsque le président rappelle que « le déploiement du Charles de Gaulle vise à préserver les libertés de navigation et à contribuer à la sûreté maritime », la préservation de la liberté de navigation n’est-elle pas également une mission qui répond à des besoins exprimés par certains pays ?
Il existe plusieurs scènes géographiques à observer. Aujourd’hui, la Méditerranée orientale représente la sécurité du flanc sud de l’Europe, notamment près de Chypre, et c’est là que nous avons positionné les premières frégates. Puis il y a la mer Rouge et le Bab-el-Mandeb, des zones où le trafic persiste à l’heure actuelle. L’objectif est de rester vigilant sur ces zones et nous y déployons deux frégates. Le problème du détroit d’Ormuz, lui, n’est pas ouvert au moment où nous discutons: le Charles de Gaulle évolue aujourd’hui en Méditerranée orientale, au sud de l’Europe.
Le président avait évoqué l’idée de mener la tête d’une coalition mentionnée plus tôt. Comment s’y prendre alors qu’Iran déploie des drones depuis sa façade ouest ? Comment garantir la sécurité sans cibler systématiquement chaque zone où des drones sont lancés ?
Dans un premier temps, l’approche consiste à collaborer avec toutes les parties impliquées. On peut penser au Japon, à l’Inde, et bien sûr à nos partenaires européens. C’est avec l’ensemble des représentants de ces pays que peut se construire une mission susceptible d’échanger avec tous les belligérants afin d’examiner comment rouvrir des routes de navigation. En somme, nous sommes encore très en amont d’une intervention physique autour du détroit et nous avançons actuellement sur des bases diplomatiques.
S’il existe des bâtiments militaires français dans la région, notamment en mer Rouge, et qu’un navire français est touché, même par inadvertance, par un missile iranien, en viendrait-on à une situation de conflit ? Qu’adviendrait-il alors ?
Pour l’instant, nous n’en sommes pas là. Il est important de rappeler à nos concitoyens que l’engagement de la France répond aujourd’hui à des sollicitations de pays qui ont été attaqués et qui ont demandé notre assistance.
Mais « préserver la liberté de navigation » ne serait-ce pas aussi une réponse à des besoins exprimés au-delà des seules demandes spécifiques des États concernés ?
Cela montre aussi que la France se tient aux côtés des nations qui se sentent menacées. Chypre, par exemple, a sollicité une assistance et la France a réagi en plaçant une frégate au large de l’île. C’est exactement ce que signifie accompagner et protéger un pays européen lorsqu’il est en danger.
À bord du Charles de Gaulle, lors d’un échange discret, le président a évoqué que l’on ne peut pas renverser un régime par des missiles: d’après vos renseignements militaires, dans quel état se trouverait le régime iranien, qu’il soit affaibli, résilient, en déclin ou en meilleure santé ?
Dans tous les scénarios, ce régime est capable aujourd’hui d’envoyer quotidiennement missiles et bombes en quantité importante. C’est pourquoi, depuis le premier jour, le président répète la nécessité de poursuivre une démarche qui privilégie aussi la voie diplomatique.
Donc, le président dit essentiellement le contraire de celui de Donald Trump, qui affirme que le régime est sur le point de s’effondrer ?
Depuis le 28 février, on ne peut pas dire que le régime iranien baisse ses attaques; chaque jour, le nombre d’attaques reste élevé et je ne peux pas affirmer, à ce moment précis, qu’on observe des signes d’affaiblissement du régime.
Il y a néanmoins un écart entre le diagnostic que vous, ministre des Armées, et celui de Pete Hegseth, le secrétaire américain à la Défense. Pour revenir au Charles de Gaulle, quelles missions les avions basés en Méditerranée orientale seraient amenés à mener et contre qui ?
Le Charles de Gaulle, qui était initialement engagé dans l’Europe du Nord pour un travail d’entraînement, est aujourd’hui déployé sur le flanc oriental de la Méditerranée, au sud de l’Europe. Ainsi, les équipages à bord surveillent le ciel autour de la Méditerranée orientale, ce qui correspond à leur mission actuelle.
Les avions pourraient-ils être amenés à intervenir militairement ?
Nous ne nous situons pas dans un cadre de combat. Nous sommes dans une logique d’accompagnement et d’observation.
Tout cela n’est-il pas une démonstration de force plutôt qu’un vrai dispositif de surveillance ?
L’objectif n’est pas d’afficher une puissance uniquement pour la détection: l’appareil vise à épauler des partenaires et à renforcer leur sécurité, notamment Chypre. Les frégates présentes autour du Charles de Gaulle montrent une présence partagée avec d’autres pays européens, comme l’Espagne et la Grèce.
Cela ne fait-il pas beaucoup d’options purement de surveillance ?
Nous ne sommes pas éloignés de la mer Rouge, et nous ne sommes pas à l’abri du conflit: cela illustre aussi l’engagement de l’Europe envers ses partenaires, et la France demeure un acteur fiable, prêt à répondre lorsque l’un de ses partenaires est attaqué.
On voit la carte: le Charles de Gaulle se situe près de la Méditerranée orientale, entre Malte et Chypre, n’est-ce pas ?
Oui, il est proche de Chypre.
Le président a évoqué la protection de la mer Rouge. Y a-t-il un plan pour que le Charles de Gaulle quitte la Méditerranée et parte vers la mer Rouge via le canal de Suez, ou est-ce exclu ?
C’est au président de la République de demander au chef d’état-major des armées d’établir une feuille de route. À ce stade, aucun ordre de ce type n’a été donné.







