Lors d’un meeting à Lyon, jeudi soir, le leader de La France insoumise a dénoncé la façon dont les médias français prononçaient le nom de l’Américain pédocriminel, affirmant que cette prononciation sonnait davantage russe, citant l’exemple « Epstine ».
Alors que l’affaire Epstein continue de provoquer des remous qui traversent les États‑Unis pour gagner l’Europe, y compris la France, le Royaume‑Uni et la Norvège, Jean‑Luc Mélenchon est accusé d’antisémitisme après des propos tenus lors d’un meeting à Lyon, le jeudi 26 février. Si cette réunion s’est surtout centrée sur le meurtre de Quentin Deranque et sur le dossier relatif au soutien apporté par La France insoumise à la Jeune Garde — petit groupuscule dissous cofondé par le député LFI Raphaël Arnault — Mélenchon a provoqué l’indignation en s’interrogeant sur la prononciation du nom de Jeffrey Epstein, pédocriminel américain.
« L’affaire Epstein… Ah, je voulais dire Epstine, pardon ! Ça sonne plus russe, Epstine. » lança le chef des insoumis durant son discours. « À présent, vous direz Epstine plutôt qu’Epstein, Frankenstine plutôt que Frankenstein, poursuivit-il, devant une salle où les applaudissements se mêlaient aux rires, et en concluant devant le public: « Voilà, tout le monde voit comment il faut procéder. »
Au même moment, « Voir dans cette prononciation une manipulation est un délire complotiste aux vrais relents antisémites », a dénoncé vendredi matin sur X le président du Crif, Yonathan Arfi. « Les journalistes ne font donc que prononcer un nom américain… à l’américaine », a‑t‑il ajouté.
Indignation à droite et à gauche
« Je l’ai dit et je le répète: le nouvel antisémitisme en France se résume en trois lettres : L‑F‑I », a également dénoncé sur X Aurore Bergé, ministre chargée de la Lutte contre les discriminations. « Jean‑Luc Mélenchon joue la carte de l’ambiguïté. Je condamne fermement ses propos », a déclaré, de son côté, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, lors d’un passage dans le Maine‑et‑Loire. Emmanuel Macron a réagi lui aussi en publiant sur les réseaux sociaux une courte vidéo reprenant ses propos tenus deux semaines plus tôt sur « l’antisémitisme d’extrême gauche ».
Pour accompagner ces réactions, Emmanuel Macron a publié sur X un extrait évoqué par ses services, mettant en relief cette opposition entre les usages médiatiques et les polémiques qui s’ensuivent autour de la même affaire.
« Ça n’a à voir qu’avec l’antisémitisme le plus redoutable », a estimé sur X l’ancienne ministre socialiste Laurence Rossignol. « C’est incontestablement l’emprise des codes de l’antisémitisme, c’est inacceptable », a ponctué sur RTL l’ancien ministre de l’Economie Eric Lombard.
« Est antifasciste celui qui combat le fascisme, pas celui qui en réutilise les ressorts les plus dangereux », a condamné le leader du Parti socialiste Olivier Faure. « Mélenchon rêvait d’être Mitterrand, il ressemble désormais à Soral », tranche Bernard Cazeneuve, ancien Premier ministre socialiste. « Vraiment, ces propos n’aboutissent à rien de bon. Rien », a jugé Marine Tondelier, chef des Ecologistes, sur les réseaux. Jordan Bardella a lui aussi dénoncé les « relents ouvertement antisémites » présents dans le discours de Mélenchon.
« Un dirigeant de la gauche n’ironie jamais sur la prononciation d’un nom étranger, insinuant qu’il y aurait un enjeu politique derrière. Ce n’est pas notre tradition », s’est indigné Alexis Corbière, ancien cadre de LFI. « Tu t’exposes à être détesté pour empêcher l’union contre l’extrême droite. C’est irresponsable », a répliqué l’ex‑lieutenant de Mélenchon, député de la 7e circonscription de la Seine‑Saint‑Denis et écarté de La France insoumise en 2024.
« L’antisémitisme est du côté de ceux qui veulent tout ramener à ce sujet »
« Il me semble que les propos de Jean‑Luc Mélenchon sont plutôt clairs si l’on est honnête avec soi‑même », a réagi vendredi matin auprès de 42mag.fr Manuel Bompard, coordinateur de LFI, face au flot de critiques. « Jean‑Luc Mélenchon ironise sur ceux qui, dans les médias, prononcent son nom ‘à la russe’ pour faire croire à une opération russe et détourner l’attention sur les complicités dont M. Epstein aurait bénéficié en France, a‑t‑il avancé. Le reste n’est qu’un procès d’intention absolument ignoble auquel nous nous habituons malheureusement. »
Notant que « la manière de prononcer ce nom a été couverte par de nombreux articles de presse sans qu’aucune polémique ne s’ensuive », Mélenchon a lui‑même défendu son point de vue sur X vendredi matin, jugeant « consternante » la « réaction de ceux qui y voient de l’antisémitisme ». Pour lui, l’antisémitisme émane de ceux qui cherchent à ramener tout le débat à ce thème.







