À un an de l’élection présidentielle, la compétition demeure largement ouverte, avec treize candidats officiellement déclarés et un grand nombre d’autres qui s’apprêtent à s’engager dans la bataille. Pour les départager, les sondages pourraient jouer un rôle déterminant. Le magazine Grand format s’intéresse à la manière dont ces outils d’opinion sont conçus et fabriqués, et à ce qui les rend si incontournables dans le paysage électoral.
Cette section est issue d’une retranscription partielle du reportage évoqué ci-dessus. Pour visionner l’intégralité, cliquez sur la vidéo.
Qui sont les responsables politiques les plus appréciés des Français ? Candidate ou non, laquelle d’entre elles se trouvera en meilleure position pour gagner ? À chaque échéance électorale, les sondages font office d’arbitres, et servent même de guide pour le démarrage de la campagne. Mais comment ces enquêtes sont-elles conçues ? Et peut-on réellement leur accorder notre confiance ? L’un des principaux instituts a ouvert ses portes à France Télévisions.
Le mercredi 22 avril, on vient tout juste d’ouvrir une enquête pour mesurer l’ampleur du soutien envers des responsables politiques à la demande d’un grand média. Le dispositif cible une quarantaine de personnalités. Comment les personnes retenues pour répondre sont-elles choisies ? « C’est nous qui avons soumis à notre client la liste des figures », précise Jean-Daniel Lévy, directeur du pôle « Politique et opinion » chez Harris Interactive. « Tout cela se fait d’un commun accord avec le client. »
« Saisir les grandes dynamiques de l’opinion »
Le résultat est attendu en quelques heures. Mais peut-on se fier à un sondage mené un an avant l’élection ? France Télévisions a retrouvé une étude réalisée par ce même institut douze mois avant la précédente élection présidentielle. Pour Emmanuel Macron, l’estimation se révèle fidèle, autour de 27 %. En revanche, pour d’autres figures, le chiffre est loin du compte. Valérie Pécresse et Anne Hidalgo, annoncées respectivement à 11 % et 7 %, ont finalement franchi la barre des 5 %. Alors, ce sondage était-il erroné ? « Ce sondage-là était robuste au moment où l’enquête a été menée », explique Jean-Daniel Lévy, « c’est-à-dire que si le vote avait eu lieu deux ou trois jours plus tard, le résultat aurait été extrêmement proche. Ces intentions de vote permettent néanmoins d’éclairer les grandes dynamiques d’opinion. »
Pour obtenir ces résultats, le sondeur s’appuie sur un échantillon représentatif de la population française. Mais qui répond réellement à ces questionnaires ? Tout se passe en ligne. Il suffit de s’inscrire sur des plateformes de sondage. On vous interroge sur vos opinions politiques, votre âge ou votre situation financière. En contrepartie, on reçoit quelques dizaines de centimes par questionnaire. En théorie, l’échantillon reflète tous les segments – femme, homme, jeune ou moins jeune. L’apparence d’un calcul rigoureux se veut rassurante, mais, en pratique, les chiffres peuvent être retouchés par la suite. Exemple cité dans un document interne relatant une enquête de 2022 : des points attribués à Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron auraient été retirés au profit d’Éric Zemmour ou de Valérie Pécresse.
Le « redressement », une méthode qui interroge
On parle de « redressement ». Car, dans les faits, l’échantillon sondé n’est jamais parfaitement représentatif. Conséquence : on ajuste le poids de certaines réponses et les méthodes employées restent parfois floues. C’est ce que rapporte Hugo Touzet, sociologue, après avoir passé du temps dans un institut : « Lorsque je discute avec les sondeurs, ils disent que, parfois, on sort du cadre strict pour toucher à l’artisanat. C’est un mot qui revient souvent. En s’appuyant sur leur expérience, sur les résultats d’élections passées et sur les erreurs éventuelles commises, ils corrigent leurs chiffres et appliquent une dernière étape de redressement, mais qui n’est pas connue du grand public. » Les sondeurs truquent-ils leurs résultats ? Non, répond l’institut Harris, qui affirme être soumis à des contrôles : « On pourrait parler de cuisine maison si chacun pouvait agir selon sa convenance. Aujourd’hui, chaque fois que nous réalisons une enquête d’intentions de vote ou une étude liée au débat électoral, cette enquête est contrôlée par la Commission des sondages. »
Cependant, la Commission des sondages ne rend pas publiques les données collectées, invoquant la confidentialité des affaires. Cela reste difficile à comprendre pour Antoine Léaument, député LFI et rapporteur d’une commission d’enquête sur le sujet : « Après analyse d’environ 14 000 documents avec mon équipe et les services de l’Assemblée nationale, nous constatons de véritables problématiques : exclusion d’un certain nombre de votants potentiels, échantillon initial inadapté. Malheureusement, ils persistent à ne pas mettre leurs données à disposition. » Sur l’année écoulée, la Commission affirme n’avoir émis qu’un seul droit de rectification pour un sondage publié dans un média local.







