Comme prévu, le conseil national du parti au pouvoir a décidé de nommer son secrétaire général comme candidat pour l’échéance de 2027. Cette décision devra être validée par les adhérents de Renaissance.
« Gabriel, il croit que c’est le moment clé, maintenant ou jamais. Il dispose des ressources et des équipes et il souhaite faire pression », ironisait un fidèle du chef de l’État au printemps. Âgé de 37 ans, l’ancien chef du gouvernement est résolument pressé. Sa phase préélectorale pour 2027 s’accélère. Après la parution d’un premier ouvrage baptisé En homme libre, auquel il multiplie les séances de dédicaces et participe à plusieurs rassemblements publics, Gabriel Attal franchit une étape nouvelle dans son itinéraire vers l’Elysée. Le conseil national de Renaissance, le mouvement qu’il pilote depuis décembre 2024, l’a exhorté à se lancer officiellement à la présidentielle par une très forte majorité, le mardi 12 mai. L’alternative d’organiser une primaire interne a été abandonnée. Cette option devra toutefois être ratifiée par les adhérents lors d’un prochain vote.
Pourtant, ce locataire éphémère de Matignon, qui a entretenu des rapports très difficiles avec Emmanuel Macron depuis la dissolution de 2024, bénéficie-t-il d’un soutien infaillible au sein du camp qui porte le président ? « Aucun doute: tout le parti est prêt à le soutenir sans réserve: adhérents, élus locaux et députés », répond sèchement Prisca Thévenot, députée des Hauts-de-Seine et proche de Gabriel Attal. Les députés lui apparaissent en grand nombre reconnaissants d’avoir tout mis en œuvre pour sauver le groupe parlementaire, qu’il a ensuite pris en main après le bouleversement provoqué par la dissolution. « Une large majorité de députés le soutiennent car ils doivent leur réélection à ses efforts », affirme un cadre du parti.
« L’argent seul ne garantit pas la victoire »
« Je suis persuadé que Gabriel Attal représente le meilleur profil pour Renaissance en vue de l’élection à venir », déclare Denis Masséglia, député du Maine-et-Loire. « Sa capacité à porter un projet novateur et adapté aux besoins du pays ne fait aucun doute à mes yeux. » D’autres restent plus circonspects. « Sa candidature paraît évidente et naturelle parce qu’il est le mieux placé. C’est le leader naturel de notre famille politique, mais l’enthousiasme autour de son nom n’est pas unanime », remarque un autre élu proche de Macron.
« Certains estiment que Gabriel Attal n’est pas le choix idéal, car il apparaît trop lissé par le style Macron. Or, le public semble vouloir tourner la page d’une décennie sous Macron, et pour autant il n’existe pas d’autre option séduisante. »
Un élu notable affilié à Macronà 42mag.fr
Ces derniers mois, Attal a pourtant pris largement ses distances avec le chef de l’État, allant jusqu’à affirmer en octobre 2025 sur TF1 qu’il ne saisissait plus certaines décisions présidentielles. Puis, dans son livre, il poursuit son éloignement vis-à-vis d’Emmanuel Macron, en dénonçant ce qu’il appelle le « piège de la verticalité » dont le président se serait enfermé, selon les informations du Monde. « C’est en tant qu’homme libre que j’ai quitté Matignon. Et c’est en tant qu’homme libre que j’ai vu tracer la suite de mon itinéraire », écrit-il.
Cela agace fortement les proches d’Emmanuel Macron qui ne lui font pas cadeau à l’aube de la campagne présidentielle. Ils multiplient même les efforts pour limiter ses chances. « Il y a deux candidatures que je ne crois pas vraiment possibles : Bruno Retailleau et Gabriel Attal, » souffle l’un des fidèles du président. « Gabriel accorde trop d’importance aux sondages; on dirait que gagner une présidentielle passe par eux, corrige un autre. Et il est aussi reproché qu’il manque de sincérité: avec lui, les positions varient selon les semaines, passant de droite à gauche. » « Il amasse beaucoup d’argent pour le parti, mais l’argent seul ne suffit pas à emporter l’élection », complète une autre source proche de la personnalité présidentielle. Ces piques ne font pas vaciller l’opposition. Prisca Thévenot dénonce « des petites phrases lâchées fréquemment depuis leurs positions confortables » et ajoute qu’« elles ne constituent pas l’essentiel ».
« Il faut élargir l’assise des soutiens à un moment donné »
Les partisans d’Emmanuel Macron ne constituent pas le seul obstacle pour Gabriel Attal. Des figures de Renaissance, telles qu’Aurore Bergé, Yaël Braun-Pivet ou Élisabeth Borne, ne sont pas toutes alignées derrière le jeune candidat. L’ancienne Première ministre a même quitté la présidence du conseil national du mouvement afin d’initier sa propre structure. « Je ne me retrouve pas totalement dans la ligne directrice actuelle. (…) J’ai donc choisi de démissionner du conseil national de Renaissance, de me mettre en retrait du bureau exécutif et de me focaliser sur l’entité que j’ai créée, Bâtissons ensemble, qui est un espace ouvert visant à rassembler au-delà des partis, à animer des discussions dans les territoires pour proposer des mesures concrètes », a-t-elle expliqué sur France Inter.
Pour autant, cette annonce ne semble pas inquiéter les proches de Gabriel Attal. « Elisabeth Borne quitte la présidence du conseil national, qui est précisément chargée d’élaborer la ligne politique du mouvement, en avouant qu’elle n’adhère pas à la direction de Renaissance. Je ne saisis pas très bien sa stratégie », se désole Prisca Thévénot. « J’ai du mal à comprendre son calcul et son influence paraît trop faible pour influer sur la présidentielle », lâche un élu de Renaissance. « Cela ne changera rien: elle ne dispose pas d’un appareil digne de ce nom », appuie un autre parlementaire. Certains y voient même un atout.
« Le départ de Borne pourrait dessiner un cadre plus favorable pour Attal: son image est très dégradée chez les Français – on la connaît comme ‘Madame 49.3’ – et il vaudrait mieux l’entourer de personnes solides et fidèles dans sa équipe de campagne. »
Un cadre de Renaissanceà 42mag.fr
Pourtant, d’autres élus macronistes avertissent que la candidature d’Attal risquerait de ne pas fédérer au-delà de son réseau. « La victoire ne viendra pas uniquement grâce à ses fidèles; il faut aussi élargir les bases à un moment donné », souffle l’un d’eux.
« On ne peut pas mener la présidentielle au hasard »
L’enjeu du rassemblement est en effet majeur. Car au-delà de Renaissance, Gabriel Attal va trouver en Edouard Philippe un concurrent de taille pour réunir tout le bloc central en vue d’une qualification pour le second tour.
« L’enjeu pour Attal est désormais de démontrer qu’il constitue une option plus convaincante que Edouard Philippe d’une part et Raphaël Glucksmann de l’autre. »
Un cadre de Renaissanceà 42mag.fr
Entre les deux anciens Premiers ministres, un pacte de non-agression semble tenir pour le moment. « Nous partageons tous les deux le même but: éviter un second tour qui coûterait cher aux Français, entre La France insoumise et le Rassemblement national », déclarait Gabriel Attal sur 42mag.fr. « La nécessité d’un rassemblement reposerait sur le risque d’un duel entre LFI et le RN; je ne veux pas de cela pour notre pays », expliquait-il. « Il faudra suivre l’évolution des dynamiques, mais nous prendrons nos responsabilités », précise Prisca Thevenot, rappelant l’existence de comités de liaison entre les trois pôles du bloc central – Renaissance, Horizons et le MoDem – afin d’assurer une coordination pendant la campagne.
Pour Edouard Philippe, dont le camp croit encore être le mieux placé dans les sondages pour contrer Jordan Bardella, la promesse n’est pas moins claire: « Gabriel Attal est perçu comme le futur allié, donc nous dialoguons », affirme un cadre d’Horizons. « Nous n’allons pas mener la présidentielle au hasard; si un risque de dérapage apparaît, nous nous retirerons ». Parviendra-t-il à inverser la dynamique en sa faveur ou Edouard Philippe continuera-t-il de mener la course? L’aptitude des uns et des autres à attirer de futurs ralliements sera scrutée avec attention. « Certains ne voudront pas prendre parti entre Edouard Philippe et Gabriel Attal, car il est encore trop tôt, affirme un macroniste de premier plan. Ils resteront silencieux. » Tous anticipent les choix qui surgiront après l’été.







