L’officiel de santé de l’établissement, qui est sur le seuil de perdre son emploi, s’autoproclame cible d’un « complot » mené par une collaboratrice qu’il avait signalée précédemment, puisqu’elle se pavanait en clamant posséder un enregistrement privé mettant en cause un membre du Sénat.
Un scandale a éclaté au Sénat suite à des accusations de chantage. Le médecin de l’institution, qui s’apprête à être renvoyé, a envoyé une lettre à tous les sénateurs le 9 février, clamant être l’objet d’une conspiration. Il allègue qu’une de ses assistantes se vante de détenir une vidéo privée d’un sénateur, qu’elle pourrait utiliser comme levier. En réaction, Gérard Larcher, le président du Sénat, a annoncé vouloir porter l’affaire en justice. 42mag.fr fait le point sur cette affaire.
De quoi parle « Le Canard enchaîné » et comment tout a commencé ?
Dans son numéro du mercredi, « Le Canard enchaîné » a mentionné l’existence d’une vidéo intime mettant en scène un sénateur non identifié et une assistante du médecin du Sénat. Selon le journal, cette vidéo aurait été tournée il y a deux ans entre deux adultes consentants et serait désormais utilisée comme un moyen de coercition au sein de l’institution. Le médecin a signalé à sa hiérarchie le comportement de son assistante à l’automne dernier, et l’affaire est depuis restée discrète pendant « trois mois ».
Pour quelle raison le Sénat décide-t-il de renvoyer ce médecin ?
« Le Canard enchaîné » rapporte que les questeurs du Sénat, responsables de la gestion financière de l’institution, ont engagé fin janvier une procédure de licenciement à l’encontre du médecin, qui travaille au Palais du Luxembourg depuis cinq ans. Ils lui reprochent des comportements problématiques, tels que des « missions extérieures rémunérées pour la SNCF » et le fait de détenir des actions dans une société civile immobiilère. Ceci n’a aucun lien avec le signalement fait par le médecin concernant l’attitude de son assistante et la vidéo compromettante qu’elle prétend détenir.
Comment le médecin se défend-t-il ?
Le médecin du Sénat a adressé une lettre à tous les sénateurs le vendredi, une lettre que 42mag.fr a pu lire. Il déclare : « L’administration me critique pour posséder des actions dans une SCI. (…) Je n’ai pas remarqué que cela était interdit dans mon contrat. » Il soutient que son licenciement « pour faute grave » devrait prendre effet le 15 février, et dénonce une conspiration organisée contre lui « par la haute administration ».
Selon le médecin, la véritable raison de son renvoi est due au fait qu’il avait signalé à l’administration le comportement inapproprié de son assistante, qui se vantait d’avoir une liaison avec une personnalité de haut rang du Sénat lorsqu’elle a été embauchée. « Cette secrétaire a toujours prétendu qu’elle pouvait faire ‘virer’ qui elle souhaitait, en exploitant de manière abusive sa relation privilégiée avec cette autorité du Sénat », a-t-il déclaré, se considérant comme une victime de sa vengeance. Le médecin a également expliqué à sa hiérarchie qu’à l’automne dernier, son assistante lui avait montré la vidéo intime qu’elle possédait pour prouver son influence.
Quelle est la réaction du Sénat ?
Le groupe des sénateurs écologistes a envoyé une lettre au président du Sénat, Gérard Larcher, le vendredi, pour demander une plus grande transparence sur cette affaire. Guillaume Gontard, élu écologiste, a écrit que « trop souvent, l’opacité qui règne sur la gouvernance interne du Sénat, loin de protéger l’image de l’Institution, lui porte préjudice ». Pour lui, la chambre haute ne peut plus se déroger à l’impératif démocratique de transparence et d’exemplarité.
Le cabinet de Gérard Larcher a annoncé vendredi après-midi que ce dernier avait décidé de signaler cette affaire auprès du procureur de la République. Il considère qu’il revient désormais à la justice d’examiner les faits en question. « La réalisation et la diffusion des enregistrements vidéo en la possession du médecin sont susceptibles de faire l’objet d’une qualification pénale », a déclaré le cabinet.