Dans le cadre d’une mobilisation des médecins, ce lundi 5 janvier, Agnès Giannotti, médecin généraliste et porte‑parole du syndicat MG France, dénonce ce qu’elle qualifie d’un « autoritarisme » de l’État et d’une « pénalisation de l’activité professionnelle » de ses confrères, imposées selon elle par le budget de la Sécurité sociale, et elle présente ces critiques sur le plateau de « La Matinale ».
Un mouvement de grève est annoncé pour ce lundi et il impliquera d’abord les médecins généralistes, avant d’étendre la mobilisation aux spécialistes. Les praticiens s’insurgent contre plusieurs mesures du budget de la Sécurité sociale, notamment celles concernant le contrôle des arrêts maladie et la tarification de certains actes. Invitée sur La Matinale, Agnès Giannotti, médecin généraliste et à la tête du syndicat MG France, dénonce ce qu’elle qualifie d’“autoritarisme” de l’exécutif, affirmant que cela fragilise le cadre même de la négociation conventionnelle.
Ce texte constitue une partie de la retranscription de l’entretien ci-dessus. Pour en voir l’intégralité, cliquez sur la vidéo.
Jean-Baptiste Marteau : Vous êtes médecin généraliste et présidente du syndicat MG France. En quelques mots, pourquoi annoncer une grève aussi longue en ce jour de rentrée ? Vous évoquez au moins dix jours, et peut-être davantage, avec une certaine dureté ?
Agnès Giannotti : Parce que des points fondamentaux sont visés ; notre exercice professionnel, notre capacité d’indépendance dans nos décisions face aux patients. Cela se manifeste dans le cadre du « projet de lutte contre la fraude », qui pénalise notre activité professionnelle de manière gravissime, et qui s’inscrit dans un esprit autoritaire qui contredit précisément ce à quoi MG France tient le plus : le processus de négociation conventionnelle.
Mais vous dites que l’attaque porte notamment sur votre pouvoir de décision, notamment en ce qui concerne les arrêts de travail. Parlez aussi des remboursements : il existe des abus et des dérives budgétaires à la Sécurité sociale. N’est‑ce pas normal que l’État intervienne pour encadrer tout cela et sanctionner certains médecins ?
Nous n’avons pas dit qu’il ne fallait pas de contrôle : la question n’est pas là. Nous réclamons de la transparence et un cadre dans lequel le dialogue est possible. Or, aujourd’hui, la transparence se présente comme le ciblage de l’assurance maladie, opérée par un algorithme dont le secret ne peut être levé. Et nous voyons des confrères ciblés, alors même que leur pratique est parfaitement normale.
C’est‑à‑dire que la Sécurité sociale affirme qu’un médecin aurait dépassé des critères que vous jugez insuffisamment clairs ?
Ce n’est pas une histoire de manque de clarté. Les critères restent secrets; personne ne les connaît. Lorsqu’on accompagne les collègues, on observe que c’est la troisième campagne en deux ans. Des praticiens dont l’activité est tout à fait normale se trouvent néanmoins frappés par des sanctions. Et ce n’est pas uniquement les arrêts de travail qui posent problème : le projet de loi s’attaque à différentes prescriptions. Un jour, le directeur général de l’assurance maladie peut décider que tel médicament ou tel moyen de transport est trop coûteux. On ne peut pas accepter une telle soumission.
Cette remise en question fait-elle partie du cadre de la loi de financement de la Sécurité sociale ?
Non. Elle figure dans le cadre du projet de loi visant à lutter contre la fraude sociale.
Le texte prévoit-il déjà des possibilités pour l’assurance maladie de réduire les remboursements de certaines interventions techniques ? On pense notamment à la radiologie et aux analyses biologiques. C’est bien dans le texte, non ?
Et c’est la seconde dimension : comment contester un mécanisme qui s’attaque au cadre conventionnel lui‑même, où, une fois de plus, le directeur général de la CNAM peut réduire du jour au lendemain le coût d’un acte. Actuellement, ces mesures visent certaines catégories de professionnels, mais demain elles pourraient toucher n’importe qui. Et en particulier, les actes remboursés. C’est d’autant plus inacceptable que nous restons fidèles à la Convention, à la négociation et à la démocratie, d’où notre présence dans la rue.
On sent bien une vision de l’État axée sur l’équilibre budgétaire, compte tenu de la situation financière actuelle, face à une vision médicale centrée sur le service public et la qualité des soins. Y a‑t‑il pourtant une voie pour faire converger ces deux approches et trouver des formes d’économies qui ne plombent pas l’accès aux soins ?
CLa clé réside dans la négociation. Or, ce que l’on voit aujourd’hui, c’est l’inverse : on procède par réductions budgétaires, par pénalisation et par décisions autoritaires. Les premières victimes seront les patients. Si un patient se rend chez son médecin et se retrouve face à la question suivante : « Est‑ce que ce qu’on vous prescrit est lié à un dépassement de quota ou à un réel besoin ? », c’est une situation gravissime qui attaque directement notre déontologie professionnelle.
Cliquez sur la vidéo pour regarder l’entretien dans son intégralité.







