Ce lundi, Emmanuel Macron a lancé une pique à l’encontre des partisans d’une ligne plus ferme vis-à-vis du pouvoir algérien, en visant ceux qu’il désigne comme des mabouls qui veulent se fâcher avec l’Algérie. Se sentant concerné, l’ancien ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau a répliqué.
Lors d’une visite effectuée lundi 27 avril dans l’Ariège, Emmanuel Macron a pris à partie les politiques qui veulent « se fâcher avec l’Algérie ». « Tous des mabouls ! », a lancé le chef de l’État. En somme, il visait des démagogues irresponsables dont la surenchère pourrait mettre en péril le fonctionnement de l’économie et des services publics.
Profitant d’une rencontre avec des agents de santé à l’hôpital de Lavelanet, il a utilisé l’exemple du secteur médical pour illustrer son propos. Les déserts médicaux se développent, le système de santé manque de personnel. Pour tenir le coup, il faut accueillir des praticiens venus de l’étranger et Emmanuel Macron a dénoncé une procédure trop lourde qui les obligerait à repasser des concours même s’ils exercent déjà dans les hôpitaux. « C’est le bordel ! Un système qui marche sur la tête ! », a‑t‑il dénoncé, dans un registre qui rappelait sa célèbre phrase sur le « pognon de dingue » des dépenses sociales. Rompre avec Alger serait selon lui suicidaire, une attitude de « mabouls » comme on disait à la récréation.
Qui vise le président ?
Il n’a cité aucun nom, mais Bruno Retailleau s’est reconnu dans cette rhétorique. Partisan d’un langage ferme, le leader des LR a répliqué en dénonçant « la politique des bons sentiments avec le régime d’Alger », qu’il juge « condamnée à l’échec ». Il a aussi brandi l’épouvantail des personnes placées sous OQTF que l’Algérie ne veut pas récupérer. Lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, Retailleau était déjà adepte d’un ton affiché et permanent. Il souhaitait dénoncer l’accord franco‑algérien de 1968 sur la circulation des travailleurs, supprimer les facilités de voyage pour les dignitaires du régime, ou restreindre l’octroi de visas. En mars 2025, il avait même menacé de quitter le gouvernement Bayrou si celui‑ci refusait d’imposer à l’Algérie l’accueil de ses ressortissants en situation irrégulière.
Quelle est la méthode la plus efficace ? Ni l’une ni l’autre, ou un peu des deux. Place Beauvau a vu Bruno Retailleau hausser le ton pour obtenir la libération de l’écrivain franco‑algérien Boualem Sansal, détenu par le régime algérien, qui a pris le soin de le relâcher cinq semaines après son remplacement par Laurent Nuñez. Et celui‑ci a rétabli le dialogue avec Alger sans débloquer la délivrance des laissez-passer consulaires nécessaires à l’exécution des OQTF.
Pour répondre aux besoins de la société française, le pragmatisme devrait l’emporter tant nos deux pays sont imbriqués. Par exemple, près de 20 000 médecins exerçant en France ont obtenu leur diplôme à l’étranger, dont environ 8 000 en Algérie ; sans eux, notre système de santé s’effondrerait et il faudrait sans doute faciliter leur installation. Mais pour récolter des voix durant la campagne présidentielle, on peut craindre que la surenchère électoraliste prenne le pas sur le fond.







