Avant d’entreprendre la course présidentielle en direction de l’Élysée, il faut en premier lieu réunir des montants importants, qui se chiffrent en plusieurs millions d’euros. Il faut obtenir ces fonds morceau par morceau, en comptant sur des dons individuels, des dîners de soutien et des emprunts bancaires souvent difficiles à décrocher. Or, le remboursement des dépenses liées à la campagne n’est pas automatique et est soumis à des conditions. Explications.
Cette section extrait une portion de la retranscription du reportage évoqué plus haut. Pour visionner l’intégralité, lancez la vidéo.
À l’aube de la période où les candidatures pour la présidentielle de 2027 se précisent officiellement, dix postulants se sont déjà inscrits sur la ligne de départ. Néanmoins, tous ne seront peut-être pas au rendez-vous jusqu’au bout: le parcours est long et particulièrement coûteux. Le budget d’une campagne peut atteindre jusqu’à 16,8 millions d’euros pour le premier tour et 22,5 millions pour les deux finalistes. Alors, d’où proviennent les fonds nécessaires pour financer ces campagnes ?
Au quartier général de François Ruffin (Debout !), une cellule s’active chaque semaine pour dénicher des financements, en procédant à de la prospection téléphonique. Des dons modestes, en moyenne compris entre un et cinquante euros, suffisent à constituer 1,5 million d’ici la fin de l’année pour couvrir les frais des meetings, des tracts et de la campagne numérique. « Aujourd’hui, nous avons autour de 6 000 donateurs privés, et l’objectif est de passer à 10 000, puis 15 000 et 20 000 », explique le candidat, « tout ce que nous pouvons obtenir, nous le prenons. Si Bernard Arnault souhaite contribuer, il est bien sûr le bienvenu. »
Des levées pouvant atteindre 50 000 euros par dîner
Certains candidats multiplient les sollicitations auprès de ces généreux donateurs lors de dîners privés. Un stratégiste du parti Les Républicains se vante : « On peut réunir jusqu’à 50 000 euros à chaque dîner. » Et certains postulants semblent avoir convaincu. D’après nos informations, un total d’un million d’euros a déjà été engrangé dans la cagnotte du maire de Cannes, David Lisnard (Nouvelle Énergie), et entre quatre et cinq millions d’euros sont prévus en réserve pour Édouard Philippe (Horizons). Ces dons sont encadrés par la loi: ils ne peuvent pas dépasser 4 600 euros au maximum par donateur jusqu’à l’élection.
Pour les prétendants qui ne se sont pas officiellement déclarés, comme Xavier Bertrand (LR) ou Raphaël Glucksmann, la recherche de financement se révèle plus ardue. Un responsable de Place Publique confie : « Certains donateurs attendent de voir qui sera vraiment candidat et qui sera le mieux placé pour verser de l’argent à la bonne personne. »
Mais dans la course à l’Élysée, l’aide la plus efficace demeure le soutien d’un parti. Renaissance, par exemple, dispose d’une fortune estimée à 40 millions d’euros, dont la moitié provient de la vente de leur ancien siège. Du côté de LR, malgré une dette estimée entre 7 et 8 millions d’euros, Bruno Retailleau, désormais candidat officiel du parti, peut compter sur un trésor: les cotisations des 76 000 adhérents. Pierre Danon, trésorier du parti, déclare : « J’ai dit à notre président que nous aurions au moins entre un et deux millions d’euros de plus que prévu. C’est tout de suite une sorte de cagnotte pour la campagne. »
Des demandes de prêts à l’étranger
Mais LR devra aussi convaincre les banques, tout comme les autres formations politiques. Car l’obtention d’un prêt s’avère indispensable dans une campagne. Le Rassemblement National, par exemple, a l’intention d’emprunter 10 millions d’euros. Problème: le parti a essuyé deux refus de banques françaises. « Nous avons donc également envoyé ce dossier de demande de prêt dans plusieurs pays », affirme Kévin Pfeffer, député de Moselle et trésorier du Rassemblement national, « dans des établissements européens en Italie, en Espagne, en Allemagne et en Hongrie, comme lors de la fois précédente ».
Une fois les financements obtenus, reste le plus difficile pour les candidats: franchir la barre des 5 % au premier tour afin d’être remboursés de la moitié de leurs dépenses.







