Dans le domaine du BTP, la hausse du coût du carburant se répercute non seulement sur les déplacements des artisans, mais aussi sur les dépenses liées à l’acquisition de leur matériel.
Alors que personne ne sait si le prix du carburant va bientôt baisser et que les aides publiques ne visent pour l’instant pas ce secteur, les artisans du bâtiment subissent de plein fouet les conséquences économiques engendrées par le conflit au Moyen-Orient. Selon Capeb, l’organisation patronale dominante dans ce domaine, 92% des professionnels affirment être touchés par cette crise.
C’est l’exemple de Michel, plombier installé à Boulogne-Billancourt, près de Paris. On le retrouve sur l’un de ses chantiers en cours, dans un garage transformé en atelier. À la tête d’une équipe de dix salariés spécialisés dans les canalisations, il s’agenouille et éclaire à la lampe torche un puits profond destiné à récupérer un volume qui va permettre l’installation d’un séparateur d’hydrocarbures.
Déplacements et fournitures devenus plus coûteux
Le mot « hydrocarbures » est loin d’être facile à prononcer pour Michel en ce moment, alors qu’il se sait pris entre l’augmentation du prix du carburant et les répercussions sur son activité. « Ce matin, j’ai regardé à la pompe en face de mon domicile, chez Esso, le gazole marque 2,68 euros le litre », raconte-t-il. « Les techniciens doivent rouler avec des fourgonnettes très chargées, ce qui les pousse à consommer davantage. » Le matériel qu’il manipule quotidiennement est lui aussi issu du pétrole : « Les canalisations, les évacuations d’eaux et même les alimentations d’eau sont en plastique, du PVC pression », détaille-t-il.
« Les coûts des fournitures pourraient augmenter d’environ 20% »
Michel, plombier à Boulogne-Billancourtà 42mag.fr
Pouvoir anticiper une éventuelle hausse des prix dans les semaines qui viennent passe aussi par la gestion des stocks. « Le fournisseur me dit de constituer des réserves, mais il faut avoir l’espace et la trésorerie pour le faire », explique Michel. « Il me dit : les tarifs que je te donne, je peux te les garantir pendant 48 heures ».
L’État pourrait alléger la tâche des artisans
En ce qui concerne la mise en place de nouveaux devis, répercuter ces hausses sur les tarifs équivaut souvent à faire fuir la clientèle. « Ils iront voir ailleurs », déplore le plombier. « J’ai une entreprise bien visible, avec du personnel qualifié et déclaré, donc forcément cela entraîne un coût. Mais tout le monde n’est pas dans ce cas-là. » Car encourager le travail non déclaré devient une autre conséquence de cette crise pour le secteur du bâtiment.
Face à une telle situation, Michel n’attend pas pour autant une aide directe de l’État. « L’assistanat, ça ne donne pas de résultats et on n’est pas là pour refaire le monde », affirme-t-il. En revanche, il estime que l’État pourrait « nous faciliter la tâche », par exemple en abaissant la TVA : « Aujourd’hui on est à 10%, si on pouvait la ramener à 5%, nos clients s’en trouveraient ». À plus long terme, les artisans souhaiteraient voir faciliter la transition vers des véhicules utilitaires électriques, aujourd’hui rares, très coûteux et encore peu autonomes.







