Ce lundi matin, alors que l’État reçoit les distributeurs de carburant à Bercy, Anna Creti, économiste à l’Université Paris Dauphine, rappelle dans La Matinale que même si le prix du pétrole brut est déterminé par des mécanismes entièrement internationaux, une compétition locale s’exerce entre ces entreprises.
Face à la montée des tarifs à la pompe, les opérateurs de distribution de carburant ont été reçus à nouveau à Bercy, ce lundi 4 mai, à 10h30. Mais l’État peut-il réellement influencer le niveau des prix des carburants ? Est-il nécessaire d’apporter davantage d’aides aux ménages, et selon quelles modalités ? Pour en discuter, Anna Creti, économiste à l’Université Paris Dauphine et responsable de la chaire économie du climat, participe à l’émission « La Matinale ».
Ce texte correspond à une partie de la transcription de l’interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la voir dans son intégralité.
Jean-Baptiste Marteau : On se demande ce que le gouvernement peut réellement accomplir en réunissant de nouveau les acteurs du secteur. L’État peut-il, d’une manière ou d’une autre, faire fléchir les cours du carburant et faire diminuer le prix à la pompe, autrement que par des aides substantielles comme cela a été envisagé dans certains pays ?
Anna Creti : Pour l’instant, il s’agit surtout d’un levier de pression. Le secteur représente, dans la dernière étape de la chaîne des carburants, une concurrence particulièrement intense. On parle fréquemment du nombre élevé d’opérateurs et de la dissémination des points de vente sur le territoire. Cela montre qu’en parallèle, le prix du brut est fixé en grande partie à l’échelle internationale, tout en coexistant une concurrence locale, ce qui complique la trouvaille du bon équilibre.
Ce qui veut dire qu’on comprend une fois de plus qu’il n’y a pas des marges énormes cachées, des milliards d’euros que les distributeurs pourraient engranger au détriment des consommateurs durant cette crise, sur lesquels l’État pourrait mettre la main ?
Disons qu’il faut toujours la charge de la preuve. Autrement dit, dès qu’une marge se creuse, les pouvoirs publics, et l’Autorité de la concurrence également, pourraient être amenés à examiner de plus près ce qui se cache derrière. Mais c’est essentiellement une question d’informations disponibles.
On voit une nouvelle fois que l’État a annoncé son dispositif « gros rouleurs », donc à partir du 27 mai, on pourra déposer une demande sur le site des impôts pour les personnes concernées. Mais, au final, le montant total de l’aide apportée par l’État restera assez modeste, reconnaissons-le. Ce n’est plus du tout le « quoi qu’il en coûte » que l’on avait connu durant la crise précédente. Peut-on remercier Total, qui porte une part importante des efforts demandés par le gouvernement afin d’aider les Français par le biais des plafonds de prix ?
C’est ce qu’on appelle un geste, mais sans doute il engendre aussi un effet indirect moins mis en lumière, à savoir que cela peut un peu discipliner le marché. Étant donné qu’un très gros distributeur maintient les prix bas, cela agit indirectement sur la concurrence et pousse les autres à ne pas faire grimper leurs tarifs et à tenter de s’aligner autant que possible.
On le voit notamment chez les distributeurs, les grandes surfaces…
Donc, ils cherchent à ne pas perdre trop de clients non plus.
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