Le politologue et chercheur belge François Gemenne, spécialiste des questions de gouvernance liées au climat et aux migrations, propose d’aborder l’écologie sous un autre angle dans son ouvrage publié chez Odile Jacob et intitulé Parler du climat sans plomber l’atmosphère. Lors de l’émission 11h/13h du 8 mai, il affirme que le signal-prix demeure l’élément déterminant, selon lui, pour influencer les comportements, en s’appuyant sur l’exemple de la crise des carburants.
Ce passage provient d’une section de la retranscription qui a été extraite de l’entretien mentionné plus haut. Pour le visionner dans son intégralité, cliquez sur la vidéo associée.
Florence O’Kelly : Est-ce que cette crise, au fond, peut être considérée comme la meilleure nouvelle pour le climat en France, du moins pour l’instant ou sur le long terme ?
François Gemenne : Je ne pense pas qu’on doive se réjouir d’une période de crise, évidemment, mais il se dégage tout de même de ces événements certains enseignements, et cela peut nous pousser à prendre conscience à quel point notre dépendance envers les énergies fossiles influence directement notre niveau de vie, pèse sur la compétitivité des entreprises et constitue également un véritable point faible sur le plan géopolitique. Le reportage que vous avez partagé illustre parfaitement ce phénomène : des gens qui renoncent à leur voiture pour privilégier le train, d’autres qui se tourneraient désormais vers l’achat d’un véhicule électrique, et on constate aussi une accélération marquée des ventes de voitures électriques. Il ne s’agit pas d’un changement de cap écologique soudain chez tout le monde, mais plutôt d’un calcul économique qui amène nombre d’entre nous à réaliser qu’un choix plus respectueux de l’environnement peut aussi se révéler plus rentable sur le long terme.
Un bond de 48 % depuis le début de l’année dans les ventes de véhicules électriques, alors que ce marché était jusqu’alors pratiquement à l’agonie. Les Français ont-ils une mémoire si courte ?
Pas uniquement les Français, mais l’ensemble des Européens dans une certaine mesure. Effectivement, on a tendance à ne pas tirer suffisamment de leçons des périodes de crise. On aurait même pu tirer une telle conclusion dès le déclenchement de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, lorsque l’on avait envisagé d’instaurer des plans de sobriété, parce que chaque achat de gaz contribue à financer l’offensive russe contre l’Ukraine. En réalité, notre dépendance aux énergies fossiles constitue un vrai talon d’Achille sur le plan géopolitique, et il est impératif que nous tirions les enseignements de ces crises qui se succèdent, afin d’en réduire les faiblesses.
La leçon, c’est quoi ? C’est qu’à partir du moment où les coûts montent trop, c’est précisément à ce moment-là que les Français se tournent vers des solutions plus durables ?
Premièrement, une leçon majeure réside dans le fait que ce soit encore et toujours le signal des prix qui demeure le moteur principal des changements d’habitude, tant chez les ménages que chez les secteurs industriels et les entreprises. Et si l’objectif est de réussir la transition, il faut réussir à mettre en lumière les bénéfices immédiats que cela peut apporter. Ce qui me frappe, ces derniers mois, c’est l’émergence d’un effet inverse : une certaine réaction en chaîne contre l’écologie, comme si l’on disait que cela deviendra trop cher, que l’on n’a plus les moyens, que cela compromettrait la compétitivité des entreprises. Or, ce sont précisément ces arguments qui, aujourd’hui, devraient nous pousser à accélérer le mouvement en faveur d’une transition plus rapide et plus ambitieuse.
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