Lors de son passage sur le plateau de l’émission La Matinale, Aurélien Devernoix, correspondant politique pour RFI, décryptait le remaniement ministériel et l’entrée de Catherine Pégard au ministère de la Culture. Selon lui, cette nomination témoigne d’une longue carrière qui a traversé à la fois les sphères politiques et les milieux culturels, et elle illustre une marque de confiance accordée par Emmanuel Macron à l’approche de la fin de son quinquennat. Il revient également sur l’ascension de Maud Bréjeon dans le secteur de l’énergie, décrivant ce déplacement comme un remaniement davantage axé sur des questions techniques que sur une refonte stratégique. L’objectif, précise-t-il, serait de préserver l’équilibre du gouvernement et de limiter les risques inhérents à l’action publique.
Ce passage provient d’une portion de la retranscription de l’interview ci-dessus. Pour le visionner en intégralité, cliquez sur la vidéo.
Djamel Mazi : Catherine Pégard prend désormais les rênes du ministère de la Culture. C’est une étape marquante pour celle qui évolue depuis des années au sein des milieux politiques.
Aurélien Devernoix : À 71 ans, accéder à ce poste peut être perçu comme l’aboutissement d’une carrière. Jusqu’ici, Catherine Pégard occupait le rôle de conseillère culture d’Emmanuel Macron, avait dirigé le Château de Versailles et avait également été conseillère de Nicolas Sarkozy, aussi bien sur les volets politiques que culturels. Elle a par ailleurs exercé comme journaliste pendant un quart de siècle au sein du Point. Sa nomination à l’Élysée sous Sarkozy avait suscité une certaine effervescence à l’époque ; aujourd’hui, le passage des journalistes « de l’autre côté du miroir » ne fait plus vraiment débat. Catherine Pégard possède une connaissance approfondie du milieu culturel et un carnet d’adresses bien fourni. Sa nomination à ce poste paraît donc logique, surtout dans un contexte où Emmanuel Macron cherche à s’entourer de personnes de confiance pour la fin de son mandat, afin d’éviter les surprises. On peut citer des profils tels que Catherine Pégard ou Sabrina Agresti-Roubache, récemment réintégrée au gouvernement.
Une autre promotion concerne Maud Bréjeon, actuellement porte-parole du gouvernement, qui voit son portefeuille élargi et devient également chargée de l’énergie. Cela relève-t-il d’une récompense pour ses proches du président ?
Dans ce cas précis, il s’agit moins d’une récompense que d’une décision logique. Ingénieure nucléaire de formation, Maud Bréjeon a travaillé chez EDF avant de se lancer en politique et dispose d’une véritable maîtrise des enjeux énergétiques. En 2023, elle avait parcouru la France et l’Europe pendant six semaines pour défendre les lois relatives à l’énergie et au déploiement des bornes de recharge. Cependant, cumuler le rôle de porte-parole et le portefeuille de l’énergie, particulièrement chargé, pourrait se révéler ardu. Il faudra défendre une loi de programmation énergétique contestée tout en abordant les filières renouvelables, ce qui pourrait complexifier sa tâche.
Peut-on considérer cette nomination comme un « Lecornu 3 », stratégique sur certains dossiers ? Le président doit clarifier sa position sur le nucléaire et la stratégie énergétique demeure discutée, comme en témoignent les motions de censure autour de l’énergie. Par ailleurs, Laurent Nuñez est soutenu par un ministre délégué des Républicains pour la sécurité et les projets de loi. Ce remaniement apporte-t-il un nouveau souffle ou demeure-t-il avant tout technique ?
Il s’agit clairement d’un remaniement plutôt technique. On peut le comparer au kintsugi, cet art japonais consistant à réparer les objets cassés en mettant en valeur les fissures d’or afin de les sublimer. Dès le départ, l’attelage gouvernemental demeure fragile et doit satisfaire à la fois les alliances et les ambitions personnelles. Ce type de rééquilibrage est courant en fin de mandat : relocaliser certaines personnalités, en intégrer de nouvelles, tout en limitant les risques. Cela rappelle les derniers gouvernements de François Hollande, avec des nominations de proches comme Bernard Cazeneuve au poste de Premier ministre. L’objectif est le même : préserver un équilibre minimal tout en sécurisant la fin du mandat.
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