Alors que le coût du carburant s’envole, les automobilistes ne cachent pas leur indignation et la laissent transparaître sur les réseaux sociaux. Sur ces plateformes numériques, les publications alternent entre informations vérifiables et éléments faux ou trompeurs, nourrissant à la fois le débat et le ressentiment général.
Malgré le blocage persistant du détroit d’Ormuz et les hostilités qui font rage au Moyen-Orient, le prix du baril a une nouvelle fois franchi le seuil symbolique des 100 dollars. En France, les tarifs à la pompe restent élevés ce jeudi 12 mars, provoquant la colère des conducteurs et une grogne qui s’exprime surtout sur les réseaux sociaux, mêlant informations vérifiables et rumeurs.
Dans plusieurs vidéos, des internautes avancent que certaines stations-service auraient mis en place une sorte de brouillage pour empêcher la prise de photos des prix à la pompe. C’est l’exemple d’une automobiliste qui filme l’affichage des tarifs à une station du groupe U. Or, lorsque l’on regarde les écrans affichant les prix des différents carburants, ce n’est qu’un motif de traits rouges qui clignotent et disparaissent.
En réalité, il n’existe pas de brouillage technique : il s’agit d’un phénomène physique élémentaire. Les chiffres sur les écrans LED des pompes ne demeurent pas fixes; ils clignotent. Ils apparaissent et disparaissent à une cadence entre 60 et 120 images par seconde. L’œil humain ne perçoit pas ce scintillement grâce à la persistance de l’image sur la rétine. En revanche, les caméras des smartphones, par défaut, capturent généralement à environ 30 images par seconde. Pour prendre ces chiffres en photo ou en vidéo, il suffit donc de modifier les paramètres du téléphone et d’augmenter le taux de fps (frames per second), c’est-à-dire les images par seconde.
Les internautes pratiquent le « name and shame »
Par ailleurs, certains internautes réussissent très bien à capturer les tarifs et les utilisent pour dénoncer les distributeurs jugés abusifs. Sur des clichés et des vidéos, on voit des panneaux d’affichage affichant des prix particulièrement élevés, la marque de la station clairement identifiable, et souvent le lieu précisé dans la légende.
C’est ce que l’on appelle le « name and shame » ou nommer et faire honte, c’est-à-dire pointer publiquement du doigt les distributeurs. Le gouvernement n’écarte pas la possibilité d’employer lui-même ce levier. La semaine dernière, le ministre de l’Économie, Roland Lescure, indiquait qu’il n’hésiterait pas à rendre publics les noms des stations qui tireraient profit de la situation. Par ailleurs, les autorités mènent des contrôles en cours, avec environ 513 stations-service visitées et 5% d’entre elles « ont fait l’objet de suites correctives et répressives », selon le ministre du Commerce Serge Papin. Ces stations auraient dû s’acquitter d’amendes en raison d’« anomalies » dans l’affichage des prix, notamment des tarifs affichés plus bas qu’ils ne l’étaient réellement à la pompe.







