Le porte-drapeau de La France insoumise multiplie les initiatives et les démarches en amont, en attendant que son mouvement le désigne officiellement candidat à l’élection présidentielle. Battu lors des scrutins de 2012, 2017 et 2022, l’ancien socialiste peut compter sur ses fidèles, mobilisés et prêts à mener la bataille face à des rivaux plus critiques que jamais.
Actuellement, l’identité officielle du candidat de La France insoumise à l’élection présidentielle de 2027 n’est pas encore dévoilée. « Soyez toujours prêt, on ne sait jamais », plaisante une élue, comme si ce rôle pouvait échapper au fondateur du mouvement, Jean-Luc Mélenchon, qui s’apprête à tenter la quatrième fois sa chance après des échecs en 2012, 2017 et 2022. Pour l’instant, aucune apparition directe du fondateur n’a été rapportée, alors qu’il prenait part à l’assemblée représentative du mouvement, dimanche 12 avril.
Le programme de cette réunion semestrielle portait sur le bilan des élections municipales, les « batailles » de 2026 et, surtout, la préparation de la présidentielle de 2027. « Il s’agit d’une investiture populaire, nécessitant le parrainage de 150 000 citoyens, conformément à notre programme, afin de valider notre candidature. Comme nous l’avions décidé en cas d’élection présidentielle anticipée, l’intergroupe de La France insoumise, sur proposition de la Coordination des espaces, soumettra une candidature pour cette investiture populaire », peut-on lire dans le document soumis à validation des militants avant le dimanche 19 avril, à 20 heures.
Le lancement de la campagne est engagé
Aucune date précise n’a été fixée pour l’annonce officielle, mais tout porte à croire que Jean-Luc Mélenchon figurera sur la ligne de départ. « On a besoin d’une figure dotée d’une certaine profondeur, d’une maîtrise des enjeux internationaux, d’une expérience réelle, et indéniablement Jean-Luc Mélenchon possède ces qualités », estimait Manuel Bompard, coordinateur du mouvement, sur Public Sénat, mercredi. « Sa candidature a un caractère d’évidence, car aujourd’hui il demeure le meilleur », soutenait auprès de 20 Minutes Aurélien Saintoul, député LFI des Hauts-de-Seine. « Je créerai les conditions pour qu’en 2027, Jean-Luc Mélenchon, qui sera notre candidat, puisse fédérer le plus largement possible », a même affirmé Bally Bagayoko sur M6, nouveau maire de Saint-Denis et de Pierrefitte-sur-Seine (Seine-Saint-Denis).
Le tribun paraissait toutefois vouloir passer la main après la défaite du premier tour en 2022. « Bien sûr, les plus jeunes vont me dire : ‘Alors, on n’y est encore pas arrivés ?’. C’est pas loin, hein ? Faites mieux, merci », avait-il conclu devant des partisans émus. Certes, l’ancien sénateur socialiste avait attendu davantage que pour 2022, lorsqu’il avait proposé sa candidature à un an et demi du scrutin, en novembre 2020. Les signaux ne manquent toutefois pas : le cofondateur de LFI s’est mobilisé lors des municipales, a assisté au lancement du pendant européen de son think tank lié à l’institut La Boétie, vendredi 10 avril, tout en animant des points presse avec les « nouveaux médias », appelés à se renouveler régulièrement. « Que des instagrammeurs et des fans », grincent certains socialistes.
Quoi qu’il en soit, la machine insoumise est déjà en marche vers la présidentielle — la troisième pour LFI, qui vient de fêter ses dix années d’existence. « La campagne a démarré », a affirmé Paul Vannier, député et coresponsable des élections au sein du parti, pour le HuffPost. « Jaloux » de voir le mouvement mélenchoniste s’activer pleinement pour 2027, l’élu socialiste évoqué ci-dessus dresse une comparaison amère avec les hésitations du PS : « Un TGV, on ne le porte pas en une minute à 300 km/h. La présidentielle, c’est un homme sur le terrain qui réchauffe le pays. »
« Ces gens savent faire de la politique. »
Un parlementaire socialiste à propos des insoumisà 42mag.fr
En dépit des polémiques entourant la mise en examen d’un assistant parlementaire de LFI dans l’affaire concernant la mort du militant d’extrême droite Quentin Deranque ou encore les prononciations de noms comme Jeffrey Epstein et Raphaël Glucksmann, Jean-Luc Mélenchon poursuit sa stratégie et occupe l’espace médiatique, soutenu par un mouvement qui ne manifeste aucune voix discordante.
Des ponts vers la gauche
Dans un premier temps, il a insufflé de nouvelles expressions à son discours, telles que celle d’une « nouvelle France » rajeunie, précarisée et féminisée, fondée sur un brassage culturel et ethnique élargi, concept qu’il avait en partie amorcé avec la notion de « créolisation » dès 2020. Ces termes ont irrité de nombreuses figures de droite et d’extrême droite, et la gauche a elle aussi refusé d’y adhérer, rejetant une vision identitaire de la société. Un « concept maladroit », selon Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, sur 42mag.fr, « surtout lorsqu’il réactive le terme de ‘grand remplacement’ qu’il faudrait revendiquer ». Cela montre surtout que le chef de file de LFI est « en rodage », selon un camarade communiste.
« Jean-Luc Mélenchon balance beaucoup de choses, on sent que ce n’est pas stabilisé. »
Un élu communisteà 42mag.fr
La France insoumise et son dirigeant tentent aussi d’élargir leur base afin de 2027, à la fois pour la présidentielle et pour les législatives, après la dissolution qui sera inévitable en raison de l’absence de majorité pour le prochain président. Les cadres insoumis se félicitent déjà d’avoir très bien géré les municipales de mars et entament le marathon présidentiel « plus forts que jamais », a déclaré Paul Vannier lors de l’assemblée représentative dominicale. Depuis plusieurs mois, les responsables de LFI multiplient les propositions à leurs partenaires de gauche pour gagner quelques points décisifs. Et ils excluent toute participation à une primaire largement souhaitée par plusieurs formations, comme Les Ecologistes, Génération.s, Picardie Debout, et certains à gauche du Parti socialiste. Les insoumis préfèrent lancer leurs propres initiatives.
En février, Jean-Luc Mélenchon avait formulé une « offre fédérative » aux communistes pour la présidentielle et les législatives. Depuis, la direction du PCF, dirigée par Fabien Roussel, a repoussé ces appels, tout comme la proposition de « nouvelle alliance populaire » lancée début avril par Manuel Bompard dans les colonnes du Parisien. « Avant de parler de candidature, je veux parler d’ambition et de projet », a balayé Fabien Roussel sur 42mag.fr, mardi matin. Mais chez les communistes, tous ne rejettent pas les propositions de LFI. Le chef des députés du PCF, Stéphane Peu, défend, lui, une candidature de « rupture » et discute avec Mélenchon, comme lors d’une conférence à l’institut La Boétie, le jeudi 9 avril.
Du côté des Écologistes, Sandrine Rousseau a assuré à La Tribune qu’elle n’avait pas l’intention de quitter son parti, mais ses critiques répétées de la ligne guidée par Marine Tondelier en font une alliée potentielle pour la candidature mélenchoniste dans les mois à venir. Quelques élus, moins médiatisés, se sont déjà rapprochés de la sphère LFI. Une poignée d’entre eux a créé Les Verts populaires lors des municipales, cet hiver. La direction des Écologistes a dénoncé une « opération d’ingérence », accusation rejetée par les insoumis, qui se réjouissent d’une « scission » chez leur partenaire. Depuis, les liens restent tendus entre les deux camps, d’autant plus que des écologistes opposés à la ligne des insoumis, comme Yannick Jadot, appellent à prendre davantage leurs distances avec Jean-Luc Mélenchon.
Les chances d’emporter le second tour remises en question
Au-delà des divergences de fond avec l’ancien sénateur de 74 ans, nombre de ses opposants à gauche insistent sur l’incapacité qu’il présenterait à réunir une majorité de Français au second tour. « Il faut que les insoumis se rappellent que gagner l’élection présidentielle, ce n’est pas arriver au second tour, c’est gagner le second tour. Or, aujourd’hui, tous les sondages, en dépit des marges d’erreur, montrent un rejet plus fort de La France insoumise par les Français que du RN », affirme un responsable du Parti socialiste, en s’appuyant sur les quelques sondages qui placent Mélenchon largement battu par Marine Le Pen ou Jordan Bardella. Ces enquêtes, réalisées bien avant l’élection, exigent néanmoins d’être interprétées avec prudence.
Du côté de LFI, l’argument n’est pas retenu. « Dans le monde parallèle des sondages, ce n’est pas compliqué: tout le monde est perdant face à Bardella. Mais un sondage sur un éventuel second tour n’a aucune valeur si l’on ne présente pas ce scénario aux sondés », rétorque l’eurodéputée Manon Aubry auprès de 20 Minutes. « Nous disposons d’un socle très solide, de l’ordre de 12 à 15 %, et au second tour nous disposerons de ressources significatives, notamment chez les abstentionnistes », assure Paul Vannier au HuffPost. « Son socle n’est pas en dessous de 10 %, du moins », concède un socialiste hostile à LFI. Toutefois, certaines voix s’inquiètent de la fermeté du discours des insoumis et de leur capacité à amadouer leurs partenaires pour les mois à venir, qui s’annoncent cruciaux. « Est-ce qu’ils font tout pour que l’union se fasse ? Bien sûr que non », se désole un communiste. À l’aube d’une quatrième candidature, Mélenchon compte démontrer que l’unité finira bien par se matérialiser derrière lui.






