Face à l’augmentation des prix, l’Allemagne choisit de réduire ses prélèvements fiscaux, tandis que la France privilégie des aides ciblées afin de protéger l’équilibre de ses finances publiques. Ce choix est risqué, oscillant entre discipline budgétaire, transition énergétique et le risque éventuel d’une montée du mécontentement social.
Les coûts à la pompe se remettent à progresser, et les autorités cherchent des mesures pour atténuer la facture des automobilistes. En Allemagne, une mesure est programmée pour deux mois: diminuer l’assiette d’une des trois taxes pesant sur le diesel et l’essence. Le chancelier Friedrich Merz a annoncé, lundi 13 avril, cette réduction ciblée. L’Allemagne dispose des ressources et n’est pas accablée par une dette insoutenable. Cette initiative, qui vise à faire reculer le prix du litre d’environ 17 centimes, coûtera 1,5 milliard d’euros au budget.
En France, la dette est aussi élevée, près de 3 500 milliards d’euros, soit environ 115 % du PIB. C’est le postulat affiché par le gouvernement. Abaisser les taxes sur les carburants, comme le réclament certains partis politiques tels que le RN depuis le début de la crise, reviendrait à priver l’État de dizaines de milliards de recettes: les taxes représentent autour de la moitié du prix à la pompe, qu’il s’agisse de la TVA ou de la TICPE.
Sébastien Lecornu, premier ministre, a clarifié, lors d’un entretien vendredi 10 avril, que diminuer les taxes revient à « arroser le sable » — dépenser abondamment pour soutenir l’ensemble de la population, y compris les plus favorisés, sans préparer l’avenir. Il privilégie donc des aides ciblées destinées à ceux qui en ont le plus besoin, comme les transporteurs et les agriculteurs, et veut préserver la crédibilité budgétaire aux yeux des prêteurs.
L’équilibre précaire du gouvernement entre dette et transition
À l’heure actuelle, cela tient la route. Vendredi, l’agence Moody’s a conservé la note souveraine de la France. Une dégradation éventuelle ferait grimper nos taux d’emprunt. Les marchés continueraient à nous financer, mais à un coût supérieur. Le service de la dette représente déjà 67 milliards d’euros. Par ailleurs, Matignon mise sur une transition énergétique afin de réduire la dépendance au pétrole, en lançant un vaste plan d’électrification. Le gouvernement peut-il maintenir cette orientation sur le long terme ? Voilà la question, car ce plan d’électrification n’apportera pas de solution immédiate au pouvoir d’achat des Français, miné par le prix des carburants.
Après quarante-quatre jours de conflit et une volatilité marquée des prix à la pompe, qui éreinte le quotidien des ménages, le gouvernement prend le risque d’une montée de la contestation. Bien que le mécontentement reste pour l’instant maîtrisé, on se demande jusqu’où cela peut durer.







