Les coûts du carburant qui restent à des niveaux élevés, la diminution de la clientèle et des marges restreintes obligent les stations-service indépendantes à lutter pour survivre pendant que la crise s’éternise. En France, on n’en dénombre plus que 3 000. L’exemple de Saint-Laurent-en-Caux, en Normandie, illustre ces difficultés rencontrées par ces commerces.
Puisque le coût du carburant continue de grimper à la pompe et qu’aucune réduction n’est en vue ce mardi 21 avril, les stations-service indépendantes traversent une période particulièrement délicate. On en dénombre environ 3 000 sur les 10 000 stations que compte le pays. Selon une étude récente menée par l’organisation Mobilians, la moitié de ces indépendants pourrait disparaître d’ici une décennie.
La conjoncture n’arrange pas les choses: face à une clientèle en recul, ces structures indépendantes ne peuvent pas pratiquer des ristournes sur les tarifs affichés.
Une station gérée en famille, face à la crise
À Saint-Laurent-en-Caux, en Normandie, ce village qui compte un peu plus de 700 habitants demeure l’une des dernières stations-service indépendantes encore en activité, se débrouillant tant bien que mal pour résister à la crise. Elle se situe au bord d’une route départementale, entourée d’un champ de colza en fleurs et de bêtes… et, de l’autre côté, le clocher du village. « La station a conservé son caractère, même si, à la campagne, cela passe assez bien », remarque Marie-Pierre, la gérante.
Ici, pas d’automate pour effectuer le plein: le totem des prix est encore modifié manuellement. D’ailleurs, le chiffre « 2 » indiquant le tarif du gasoil est affiché dans une teinte jaune flambant neuve. C’est la première fois qu’elle le met en évidence.
« On applique exactement la même marge. Il y a ceux qui pensent qu’on s’en met plein les poches. Mais ce n’est pas le cas, on ne s’enrichit pas ainsi »
Marie-Pierre Tiercelin, la gérante de la stationà 42mag.fr
Le litre de gas-oil atteint 2,30 euros — une marque qui n’avait jamais été atteinte. Marie-Pierre fouille dans ses archives. Avec son père, Gérard, qui a 77 ans et est le propriétaire, c’est une histoire qui se transmet de génération en génération. « Le prix du gazole, en décembre, était à 1,66 euro », précise-t-elle. « Le souci actuel, c’est que les cours évoluent chaque jour, voire deux fois par jour. Aujourd’hui, c’est invivable. Je ne referai pas ça. Pas dans ce secteur-là, ça non », confie le propriétaire, qui n’en est pas à sa première tempête traversée.
« On essaie de faire travailler les petits commerçants malgré le prix »
« C’est une entreprise de transport qui se ravitaille ici », souligne Gérard pendant que Frédéric arrive au volant de son camion, chargé de plants de pommes de terre. « On dépose 800 litres. Je complète juste ce qu’il faut, mais ça représente une somme conséquente. Si la situation perdure, les petites structures comme la nôtre finiront par fermer, de toute façon. On est du coin. On tente de faire tourner les petits commerces malgré le coût. »
De son côté, Nathalie, aide à domicile, effectue des dizaines de kilomètres chaque jour et fait halte régulièrement dans cette même station-service. « Oui, ils sont effectivement un peu plus chers, mais c’est vraiment utile, car pour faire le plein ailleurs, il n’y a rien. Les indépendants nous dépannent », témoigne-t-elle.
À l’accueil, derrière la caisse, Marie-Pierre ressent l’émotion des clients habituels. Pour autant, le stress la habite: « Est-ce qu’on va pouvoir terminer le mois? Ce n’est pas florissant. Je souris, mais intérieurement, c’est difficile. On essaie de ne pas trop le montrer aux clients, mais ce n’est pas facile chaque jour. »
Pour survivre, elle se diversifie: elle peut compter sur un atelier de réparation automobile installé depuis des années, qui représente aujourd’hui la moitié de son chiffre d’affaires. Sur le parking, un distributeur automatique de pizzas assure aussi un loyer mensuel de 480 euros, une ressource plus que précieuse dans le contexte actuel.







