Selon l’économiste et consultante du cabinet PwC France, les mesures d’aide qui doivent être injectées prochainement par l’État pour faire face à la hausse des prix du carburant pourraient s’avérer insuffisantes, compte tenu du stade avancé de la crise.
Le gouvernement va-t-il accorder de nouvelles aides pour les automobilistes qui paient le carburant au prix élevé ? Des mécanismes d’aide sont-ils envisageables, à quelle échelle et à quel moment pourraient-ils être lancés ? Pour commenter les annonces de Sébastien Lecornu et de Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement et ministre en charge de l’Énergie, Stéphanie Villers, économiste et conseillère économique chez PwC France, était invitée dans l’émission La Matinale, mercredi 6 mai.
Ce texte reflète une portion de la retranscription de l’entretien ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour le visionner dans son intégralité.
Jean-Baptiste Marteau : On se dirige manifestement vers de nouvelles aides, du moins c’est ce qui a été annoncé hier par le gouvernement et confirmé ce matin par Maud Bregeon, la porte-parole et ministre chargée de l’Énergie. On voit que l’exécutif cherche encore une approche plus ciblée, mais il semble qu’il faille aller plus loin.
Stéphanie Villers : Oui, face à la persistance d’un prix du carburant élevé, les autorités tentent de mettre en place des dispositifs susceptibles d’atteindre un éventail plus large de personnes, notamment des salariés qui subissent ces niveaux de prix. Reste cependant à clarifier le financement, car jusqu’à présent on avait bien compris qu’il y avait peu de marge de manœuvre.
Jusqu’ici, on s’en tenait au surplus que l’État pouvait récupérer avec cette hausse des carburants. On avait compris que ce montant était relativement modeste, de l’ordre de quelques dizaines de millions d’euros. Or, cela va-t-il suffire ?
Vraisemblablement non. Si l’objectif est d’élargir le périmètre, on s’achemine vers une enveloppe approchant le milliard d’euros. Il faudra alors réaliser des économies d’une envergure plus générale. Faut-il geler certains crédits qui ont été votés ? Généralement, lorsque l’on réduit les dépenses, on touche à des postes qui pénalisent le long terme, notamment en gelant les investissements destinés à la transition écologique. Or, c’est précisément dans ce domaine qu’il faut investir pour répondre au choc pétrolier. Il faut rappeler que notre économie demeure très dépendante des énergies fossiles et que les fluctuations des cours mondiaux se répercutent sur les budgets et les ménages.
On comprend bien qu’il n’est pas question d’ouvrir ces aides à l’ensemble des Français, sans distinctions de ressources ni de situation professionnelle, car les finances publiques ne permettent plus un dispositif « quoi qu’il en coûte », comme en 2022.
Et puis, on a déjà testé ce genre de mesures avec le bouclier tarifaire : tout le monde en bénéficiait, mais cela a entraîné certaines dérives sur les finances publiques et n’a pas réellement soutenu la croissance économique, ayant surtout conduit certains ménages à épargner plutôt qu’à dépenser pour relancer l’activité. On voit donc que cette approche ne parvient pas à atteindre l’objectif initial de relancer l’économie. Néanmoins, le gouvernement semble aujourd’hui en retard sur l’évolution de la situation. Il faut dire que l’inflation ne cible pas uniquement les carburants : elle va se diffuser à l’ensemble des produits dérivés et des biens qui dépendent de l’énergie fossile. On pense notamment à l’agriculture et aux engrais. Il faut garder à l’esprit que nous sommes confrontés à un choc pétrolier dont les répercussions sont plus larges encore.
Cliquez sur la vidéo pour regarder l’entretien dans son intégralité.






