Ce lundi, les parlementaires composant la commission d’enquête sur l’audiovisuel public ont validé le rapport rédigé par Charles Alloncle, en dépit des objections sévères énoncées par la gauche. Le document, qui compte près de 400 pages, pourra être rendu public dans une semaine.
« Je ne me suis pas laissé dominer par l’extrême droite », a réagi mardi 28 avril sur France Inter le président de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, Jérémie Patrier-Leitus, député Horizons. Après près de six mois de travaux difficiles, les députés de la commission d’enquête ont adopté, lundi 27 avril, le rapport rédigé par leur collègue Charles Alloncle (UDR, proche du RN), et ce malgré les critiques. « On peut se demander si Charles Alloncle n’est pas le cheval de Troie du Rassemblement national » dans une logique de privatisation, a également accusé Patrier-Leitus.
Selon Patrier-Leitus, la commission d’enquête aurait été mise en place par le RN pour « préparer les esprits à une privatisation de l’audiovisuel public ». Le rapporteur Charles Alloncle « se défend, il affirme vouloir sauver l’audiovisuel public », mais si tel était véritablement l’objectif, il ne proposerait pas la réduction d’un milliard d’euros du budget de l’audiovisuel public, soutient le député Horizons. « C’est un choix politique. Il doit l’assumer et accepter ses alliances politiques avec le Rassemblement national », poursuit Patrier-Leitus, l’accusant d’avoir « un projet politique ». Le document de 400 pages dédié à la neutralité, au fonctionnement et au financement de l’audiovisuel public a été adopté par la commission lundi avec 12 voix pour et 10 contre et sera rendu public.
Le député dénonce « les méthodes de l’extrême droite » et « ne cautionne » ni les propositions, ni les « accusations » et « insinuations » qui figurent dans le rapport. « Elles remettent en cause mon indépendance et mon intégrité. Il affirme que la présidente de l’Assemblée nationale aurait voulu entraver son travail parlementaire. Les mots sont forts. Il porte des insinuations contre les responsables de l’audiovisuel public », déplore le député. Face à cela, il s’interroge sur « l’impunité parlementaire » : « Cela implique de revoir les règles de fonctionnement des commissions d’enquête », souligne-t-il.
Les Français pourront se faire une opinion sur les procédés de l’extrême droite
Parmi les « méthodes » dénoncées figure la série de questions destinée aux personnes auditionnées, qui auraient été envoyées au rapporteur et au président de la commission d’enquête par Lagardère News, propriétaire du Journal du Dimanche et d’Europe 1, et dans le périmètre du milliardaire conservateur Vincent Bolloré. Après les révélations du « Monde » dimanche 26 avril, Jérémie Patrier-Leitus confirme mardi 28 avril avoir « reçu un mail au tout début de la commission d’enquête » et avoir « demandé immédiatement que cela cesse, estimant qu’il y avait un risque d’ingérence ». « Je ne peux pas dire si d’autres personnes, en dehors du rapporteur, ont reçu ces questionnaires. Mais la question demeure : le rapporteur a-t-il été impartial et indépendant tout au long de cette commission d’enquête ? Agissait-il selon des consignes ou des ordres ? C’est à lui d’en dire plus », déclare le député.
Face à ces « méthodes », le président de la commission affirme jouer la carte de la transparence en ayant voté en faveur de la publication du rapport. « Je ne me suis pas laissé impressionner par l’extrême droite », affirme-t-il, « je me suis opposé au rapporteur, j’ai combattu ses méthodes tout au long des travaux, les insinuations, les accusations sans preuves, les calomnies », rappelle-t-il. « Mais je l’assume ici : dans ma lutte, dans mon combat contre l’extrême droite, je refuserai toujours d’employer leurs méthodes. La censure, la remise en cause de la liberté d’expression, je leur laisse », déclare Jérémie Patrier-Leitus.
Préférence pour la fusion de France Télévisions et Radio France
Avec la publication du rapport, « les Français pourront se forger un avis, une opinion sur les méthodes de l’extrême droite » et sur « la manière dont un rapporteur d’extrême droite rédige un rapport parlementaire », souligne-t-il.
De son côté, il se dit en faveur d’une fusion entre France Télévisions et Radio France afin de « regrouper les forces » de l’audiovisuel public et de « réformer » le secteur, car « des dysfonctionnements et des manquements » ont été relevés. « Nous avons besoin d’un audiovisuel public puissant, solide et souverain dans le pays. Aucune des personnes auditionnées – et cela devrait être le enseignement majeur de cette commission d’enquête – n’a appelé à privatiser l’audiovisuel public, car les Français y tiennent énormément », insiste-t-il.
De son côté, Erwan Balanant, député MoDem du Finistère et membre de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, a annoncé mardi sur France Inter son intention de « rédiger un contre-rapport » pour « analyser ces propositions et démontrer en quoi elles sont délétères ».







