En tant qu’invité de l’émission « Tout est politique » diffusée sur 42mag.fr, Pierre Moscovici, ancien président de la Cour des Comptes et ex-ministre de l’Économie, est revenu sur la hausse des prix des carburants imputable au conflit au Moyen-Orient.
Ce passage provient d’une portion de la retranscription de l’entretien évoqué plus haut. Pour le regarder dans son intégralité, cliquez sur la vidéo.
Franceinfo : Est-ce que nous traversons véritablement un choc pétrolier ? On observe des prix du baril exceptionnellement élevés et d’une volatilité marquée. Pensez-vous que nous vivrons ainsi, enchaînant crise énergétique après crise énergétique ?
Pierre Moscovici: Sans équivoque, on est face à un choc pétrolier. Lorsque le prix du baril oscille entre 70 et 120, avec des mouvements assez instables et une tendance à la hausse bien marquée, et que l’inflation comme la croissance en subissent les effets, il faut parler d’un choc pétrolier.
Vous ne croyez pas au retour à une situation normale ?
Ce qui caractérise cette situation, c’est une incertitude extrêmement forte. Donald Trump a engagé ce conflit sans objectifs clairement définis ni lisibles. La manière même de mener l’opération est singulière: un cessez-le-feu qui n’en est pas vraiment un, qui se prolonge sans véritables discussions de paix. On ignore quand tout cela s’arrêtera, on ignore quelle sera finement l’issue et ce qui adviendra du passage dans le détroit d’Ormuz.
À partir de là, plusieurs hypothèses se présentent. Il y a une première possibilité où les cours pourraient continuer d’augmenter jusqu’à 120, voire 150 dollars le baril, en raison des fermetures et du fait que certaines infrastructures dans le Golfe ont été endommagées. Un tel scénario pourrait peser lourdement sur la croissance, projetant une baisse située entre 0,5 et 0,6 point de PIB, et entraîner une inflation qui pourrait gagner entre 2 et 3 points.
Il existe aussi une autre voie, que l’on peut qualifier de médiane: les prix resteraient élevés pendant une période, puis pourraient redescendre à environ 100 dollars le baril, voire davantage en dessous. Et puis il y a un troisième chemin, celui d’un retour à une situation normale. Quoi qu’il en soit, ces dynamiques laissent des traces : sur la croissance, sur l’inflation et sur nos finances publiques. C’est donc bien un choc pétrolier, mais l’ampleur exacte reste incertaine.
Pensez-vous qu’au fond nous entamons une nouvelle crise ?
Vous vous souvenez que l’ancienne Commission européenne, pas la présente, mais celle dirigée par Mme von der Leyen, avait initié ce que l’on appelait le Green Deal, un vaste pacte écologique. Ouvertement, c’était son programme phare lors de la première mandature de Mme von der Leyen.
Dans la deuxième phase, on a assisté à un recul, ce que certains ont qualifié de backlash, et ce programme a été remis en question, notamment par des partis de droite et par l’extrême droite au Parlement européen. Or, il apparaît aujourd’hui qu’il n’existe pas d’alternative viable au Green Deal. Il est indispensable de nous affranchir de notre dépendance envers les énergies fossiles. C’est d’ailleurs une raison majeure pour laquelle il ne faut pas adopter des mesures fiscales ou budgétaires lourdes sans ciblage, car le signal que cela enverrait—prix, dépenses ou fiscalité—serait un encouragement à rester dépendants du pétrole.
À long terme, l’objectif est clair: nous devons absolument nous défaire de cette dépendance, et d’autres pays devraient suivre le même chemin. Ce n’est pas parce que d’autres l’ont fait qu’ils avaient raison de le faire. Lorsque j’occupais la fonction de président de la Cour des comptes, j’alertais à de multiples reprises: si nous imitons ce schéma, nous ne disposons pas des moyens nécessaires pour faire face à une crise. Et cela demeure une réalité. En résumé par rapport à votre question: il faut impérativement que nous nous désendettions, de manière massive et rapide, et que nous réduisions nos déficits.
Ce passage provient d’une portion de la retranscription de l’entretien évoqué plus haut. Pour le regarder dans son intégralité, cliquez sur la vidéo.







