Un accord sans précédent a été conclu entre Damas et Bagdad. Des centaines de camions-citernes en provenance d’Irak sillonnent désormais le territoire syrien afin de rejoindre une raffinerie située sur le littoral méditerranéen.
« On voit les choses se dérouler sur environ trente kilomètres comme ça ». Sur la route qui mène à la raffinerie de Baniyas, en Syrie, des centaines de camions-citerne garés le long du bas-côté bloquent la circulation. En réaction à la fermeture du détroit d’Ormuz, de nouvelles voies commerciales s’ouvrent pour l’exportation du pétrole irakien, dont l’économie est largement dépendante des gisements pétroliers. Au début du mois d’avril, Bagdad et Damas ont conclu un accord sans précédent. Désormais, des centaines de camions-citerne franchissent le territoire syrien en direction de la raffinerie située sur la côte méditerranéenne. On anticipe que des centaines de milliers de tonnes de brut y transitent pour atteindre le marché européen.
Ahmad a entrepris un trajet de dix-sept jours depuis Mossoul, en Irak, en passant par cette nouvelle voie. Pendant de longues semaines, il n’avait nulle part où se rendre. « À cause de la fermeture du détroit d’Ormuz, nos pertes ont été lourdes », raconte Ahmad. « Cela faisait six ou sept semaines que nous étions bloqués chez nous, sans pouvoir travailler. Dieu merci, cette liaison avec la Syrie est désormais ouverte. »
« Nous avons été bloqués quatorze jours du côté irakien »
Cette entente revêt une importance capitale pour Bagdad, dont l’économie dépend à environ 90 % de ses exportations pétrolières. Elle rétablit une route qui était à l’arrêt depuis plus de deux décennies. Les flux pétroliers irakiens via la Syrie n’avaient plus été importants depuis le début des années 2000. À la frontière, l’afflux est tel que les camions restent bloqués sur place. « Il y a énormément d’embouteillages, une attente interminable », précise Issa. « Nous avons été bloqués quatorze jours du côté irakien, sur l’asphalte brûlant et sous une chaleur étouffante. Par ici, c’est le désert ! »
Face à ce flot imprévu, en Syrie, rien n’est encore réellement prévu pour l’accueil du trafic; les mouvements restent presque figés. « Ce dont on a besoin, ce sont des aires de stationnement, des espaces pour cuisiner et dormir », soupire un chauffeur coincé. « On attend en plein milieu du flux. Récemment, un collègue qui traversait la zone a été percuté par une voiture. »
Des appels d’offres pour remettre en état le pipeline
À l’époque où la raffinerie de Baniyas était mise à l’arrêt en raison des combats, il fallait aussi tout réaménager: installer les stations de pompage nécessaires et remettre en service une trentaine de citernes de stockage. « Il s’agit d’un ancien pipeline datant des années 1950, un système d’origine anglaise », explique l’un des employés. « Il s’enfonce sous les eaux et rejoint le port pétrolier voisin. En deux ou trois heures, il peut acheminer le brut jusqu’en Europe. »
Au total, la Syrie devrait recevoir près de 30 000 tonnes de brut irakien par jour. Une partie de cette production est consommée localement, le restant est destiné à l’exportation. « C’est un contrat avantageux », affirme Ahmed Kubaji, vice-président de la société pétrolière syrienne. « Il permet de résoudre les soucis d’écoulement des stocks en Irak et nous procure des revenus intéressants. » Pour gagner en efficacité, l’objectif à moyen terme est de remettre en service le pipeline Kirkouk-Baniyas. Des appels d’offres devront être lancés auprès d’investisseurs étrangers. « Nous prévoyons également de construire de nouveaux réservoirs afin de doubler la capacité de stockage, à Baniyas et à Tartous. » Un premier pétrolier a quitté le terminal de Baniyas cette semaine, et d’autres départs sont attendus dans les semaines à venir.







