Alors que débute ce mardi 6 janvier le rendez-vous phare de l’innovation à Las Vegas, Antoine Copra s’exprime de nouveau dans l’émission « 11/13 » sur les progrès présents et à venir en intelligence artificielle, ainsi que dans la robotique.
Les appareils électroménagers gagnent en connectivité et en autonomie. À l’occasion du CES Las Vegas 2026, salon dédié aux innovations technologiques qui démarre ce mardi 6 janvier et se poursuit jusqu’au vendredi 9 janvier, l’émission « 11h/13h » reçoit Antoine Copra, directeur de la revue Les Électrons Libres, média axé sur une vision techno-optimiste du secteur et qui met l’accent sur l’intelligence artificielle.
Ce texte constitue une portion de la retranscription de l’entretien ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour voir l’intégralité.
Flore Maréchal : On perçoit clairement l’ampleur des bouleversements apportés par l’IA dans notre vie quotidienne. Est-ce que l’IA, dans nos usages, peut être comparée à l’arrivée d’Internet en termes d’impact ?
Antoine Copra : Oui, c’est comparable et, surtout, c’est adopté beaucoup plus rapidement que l’Internet. Aujourd’hui, on observe qu’un Français sur deux utilise l’IA de façon consciente, et deux sur trois l’utilisent sans le savoir directement puisqu’ils se servent d’outils qui intègrent déjà de l’IA. Aux États-Unis, lors du Black Friday, on a vu qu’un achat sur trois reposait sur des recommandations dérivées de l’IA. En somme, l’intelligence artificielle s’inscrit dans le quotidien de façon très rapide.
Et quelles sont les dernières avancées en matière d’intelligence artificielle ? À quoi peut-on s’attendre ?
Une véritable transformation se déploie autour du CES. Jusqu’ici, l’accent était placé sur les modèles de langage; désormais, on voit émerger des systèmes qui gèrent la vision et l’action. Premièrement, les véhicules autonomes ont commencé à être déployés l’an dernier aux États‑Unis avec Waymo, filiale de Google. De nombreuses annonces au salon préfigurent l’arrivée de nouvelles marques sur ce créneau. On pense notamment à Mercedes, qui a signé un accord avec NVIDIA et a annoncé la fabrication d’une CLA autonome dès cette année. En parallèle, la robotique occupe le devant de la scène : les robots humanoïdes vont progressivement s’intégrer à notre quotidien. À cet égard, Hyundai, via sa filiale Boston Dynamics, prévoit une production de masse avec 30 000 robots en 2026.
Et puis, en parallèle, on voit apparaître divers gadgets : les téléphones bien sûr, mais aussi des lunettes dotées d’IA, des écouteurs, et des boîtiers offrant une traduction en temps réel. Cela existe déjà en partie. À présent, l’IA devrait s’encastrer dans des objets portés tels des anneaux ou des pendentifs, comme certains commentaires le laissent entendre.
On est encore en train de déterminer quelles interfaces seront réellement adoptées par le public. Le marché triera les usages vraiment utiles des simples gadgets. Aujourd’hui, la porte d’entrée majeure pour l’IA reste le smartphone, que chacun a sur soi, d’où une fulgurance évidente du déploiement. Demain, on peut aussi retrouver ces capacités dans les voitures, les téléviseurs et les ordinateurs. Elles existent déjà, bien sûr. Reste à voir si les anneaux ou d’autres formes portables deviendront dominants.
Avec des garde-fous et des limites, on espère tout de même ne pas se perdre. Car, quand on parle d’IA, il y a d’un côté un élan d’enthousiasme et, de l’autre, une certaine appréhension.
Franchement, c’est un peu inquiétant, oui, parce que c’est quelque chose d’inconnu. Beaucoup craignent aussi pour leur emploi, car l’IA peut accomplir une multitude de tâches. Pour ma part, je vois surtout le potentiel positif : la robotisation a déjà permis de supprimer certaines tâches pénibles liées au travail physique, et désormais, des missions plus intellectuelles pourraient être déléguées. Le champ des possibles est vaste. Comme pour tout progrès, il y aura du bon et du moot, mais l’humain doit chercher à exploiter le meilleur et à se prémunir contre les dérives potentielles.
Ce CES agit aussi comme un éclairage important sur l’écosystème French Tech. C’est une vitrine internationale et, parfois, un peu comme un concours Lépine, avec des innovations qui frisent l’originalité. On parle de couteaux supersoniques, de sèche-cheveux-lamps, de machines à laver dédiées uniquement aux chaussures. Comment distinguer ce qui va durer de ce qui va disparaître faute d’intérêt ?
À mon avis, ce sera le consommateur qui tranchera. Les choix se feront de manière naturelle. Il est aujourd’hui largement admis que les voitures autonomes représentent la prochaine grande révolution et qu’elles apportent des bénéfices réels à de nombreuses personnes. Je pense notamment aux personnes âgées vivant en milieu rural, qui, lorsqu’elles ne peuvent plus conduire, se retrouvent isolées. La voiture autonome peut changer cette donne. Quant à la robotique, les progrès restent à l’œuvre : les robots paraissent encore maladroits aujourd’hui – on voit des vidéos où un appareil met plusieurs minutes à fermer un lave-vaisselle. C’est certes impressionnant, mais l’époque du Nokia et celle de l’iPhone ne sont pas comparables ; les évolutions peuvent être rapides. Ils restent encore énormément de chemin à parcourir, mais l’ampleur des avancées peut être fulgurante.
En tout cas, ce salon laisse souvent entrevoir une alternative à double tranchant : soit on sombre dans l’oubli, soit on transforme en profondeur le quotidien des gens. Vous évoquiez notamment le domaine de la santé ; ce secteur fait aussi partie des évolutions à surveiller ?
Oui, et ce sont des progrès qui se voient déjà, car aujourd’hui, quasiment aucune radiographie ne s’effectue sans l’aide de l’IA. En d’autres termes, l’IA sauve déjà des vies en détectant sur les clichés des tumeurs ou d’autres anomalies qui peuvent échapper à l’œil humain. Ses résultats se révèlent supérieurs. À l’avenir, cela ouvrira la voie à des thérapies personnalisées, articulant les avancées en génétique et celles offertes par l’intelligence artificielle. Je suis convaincu que l’IA sauve déjà des vies et qu’elle en sauvera encore de nombreuses à l’avenir.







