Sur le plateau des 4V ce lundi 9 mars, le président d’E.Leclerc affirme être surpris par la hausse soudaine et brutale des prix des carburants à la pompe depuis le début du conflit au Moyen-Orient, qu’il impute aux raffineurs tels que Total, BP et Avia, et il indique par ailleurs que de nouvelles augmentations sont prévues, ce matin et probablement en milieu de semaine.
Suite à plus d’une semaine de tensions au Proche-Orient, les tarifs des carburants ne cessent de grimper en France, et une nouvelle hausse était attendue ce lundi 9 mars, selon Michel-Édouard Leclerc, président du Comité stratégique des centres E. Leclerc, lors de l’émission Les 4 Vérités sur France 2. « Ce n’est évidemment pas le pompiste qui est la cause de cette inflation », déclare-t-il, ajoutant que ce seraient plutôt les raffineurs qui devraient « s’expliquer » plutôt que les stations-service.
Ce passage est extrait d’une partie de la retranscription de l’entretien ci-dessus. Pour voir l’interview en intégralité, cliquez sur la vidéo.
Gilles Bornstein : Le carburant a pris environ 15 % chez vous depuis le début du conflit. Or, on sait que, théoriquement, il faut trois semaines pour que les hausses du brut se répercutent sur les stations-service. Pourquoi ces montées des prix ?
Michel-Édouard Leclerc : Je me pose les mêmes questions, et c’est pour cela que vous ne m’avez pas vu les trois ou quatre derniers jours. J’ai l’habitude de réagir dès la première hausse, mais je ne comprenais pas, car tout le monde disait qu’il y avait des stocks. En tout cas, pour la majorité des carburants, on a vu arriver ces augmentations et toutes les augmentations ne sont pas encore transmises. Certaines hausses vont encore passer ce matin et probablement au milieu de la semaine. Il s’agit sans doute d’une bulle, d’une bulle d’anticipation, voire spéculative, située très en amont, au niveau des raffineries. Mais, comme vous le savez, il s’est dit énormément de choses. Ce n’est évidemment pas le pompiste qui est responsable de cette inflation. Aujourd’hui, ce sont des acteurs très en amont…
S’ils puisent sur des stocks qui leur coûtent le prix d’avant et qu’ils augmentent, c’est que quelqu’un se fait de la marge quelque part.
Ceux qui disposent des stocks.
Mais ceux qui détiennent des stocks, c’est qui ? Des pompistes, des raffineurs, qui est-ce ?
Ce sont principalement des raffineurs.
Donc, ce sont des raffineurs qui ont profité de l’augmentation à venir pour augmenter leurs prix ? Qui sont-ils, ces raffineurs ?
Je pense qu’il y a des raffineurs et aussi des brokers. Les raffineurs, ce sont Total, BP, Avia, Shell, Esso…
Donc eux ont profité de la guerre pour reconstituer des marges ?
Je n’en suis pas certain, mais il faut qu’ils s’expliquent. J’ai l’impression que c’est quelque chose d’assez extravagant de pointer uniquement le pompiste ou le garagiste du coin et de dire « je surveille ses marges », alors que l’on voit bien que c’est une dynamique européenne et même américaine, où les stocks de produits raffinés jouent un rôle. On ne parle pas ici de brut, mais de la transition du brut vers le produit raffiné. Or le prix du produit raffiné a flambé parallèlement au brut.
Mais vous affirmez très clairement ce matin qu’il y a des personnes détenant des stocks de pétrole en cuves, en caisse, et qu’ils en ont profité pour accroître les prix du pétrole qu’ils avaient déjà ?
C’est l’impression que j’ai et je fais vérifier cela. Ce que je peux dire, c’est que dans la grande distribution, qui représente environ 60 % des ventes en France de gasoil, de E10 et d’essence…
Vous avez environ 700 stations ?
Oui, et Leclerc, Système U, Intermarché et même Carrefour restent parmi les plus économiques du marché, mais nous avons malgré tout subi ces hausses, et malgré notre capacité d’achat, nous avons été contraints d’acheter à un prix plus élevé.
Mais vous nous garantissez que sur ces hausses, les stations-service des centres Leclerc n’ont pas réalisé de marge indue ?
Je vous le jure. D’ailleurs, nous sommes pratiquement à prix coûtant, c’est-à-dire sans marge. Je ne peux pas l’affirmer aussi franchement, car juridiquement, s’il y a l’un ou deux qui ne sont pas tout à fait à prix coûtant, on m’en voudra.
Vous le dites tout de même.
Mais je le répète. Si vous consultez le site du gouvernement, sur carburant.gouv.fr, vous verrez que Leclerc est souvent le moins cher dans une ville donnée. Puis viennent immédiatement Système U et Intermarché. Et lorsque l’un de ces groupes n’est pas en tête, c’est l’un des autres acteurs qui l’est.
Le premier, c’est le moins cher ?
C’est effectivement le moins cher. Hier soir, par exemple, Leclerc et Intermarché affichait 1,96 euro le litre pour le gasoil, alors que BP était à 2,09 euro. Et sur le E10, hier soir, Leclerc était à 1,76 et Intermarché à 1,77. Avia, BP et Total étaient au-delà de 1,90 euro, soit environ 16 centimes d’écart.
Vous aviez dit au début de cet entretien que cela allait encore augmenter ?
Oui, parce qu’il y a des hausses annoncées juste avant le week-end que nous n’avons pas pu faire passer. Elles devraient s’appliquer à partir d’aujourd’hui ou lundi.
Un baril à 115 euros, prix observé ce week-end, cela impliquerait quel prix pour l’essence ?
Autour de 0,70 euro par litre ? Mais il faut tout vérifier, car la spéculation nourrit le phénomène. Il faut se montrer prudent: même si des formations politiques évoquent des mesures, une réponse favorable pourrait perpétuer cette vague inflationniste. Cela peut produire un effet d’aubaine. Je ne souhaite pas avancer des chiffres extrêmes, car certains brokers et commerçants de matières premières évoquent jusqu’à 200 dollars le baril si le détroit d’Ormuz restait fermé pendant un mois.
Sébastien Lecornu a annoncé que la DGCCRF lancerait 500 contrôles. Vous les validez ? En faut-il ?
C’est son rôle de promouvoir le contrôle, mais ce ne serait pas nécessairement là où il faut agir. Tous les téléspectateurs peuvent se rendre sur le site du gouvernement pour connaître le prix affiché à la station-service de leur village, de leur ville. Cette information est publiée et déclarée. Ce n’est pas là qu’il faut concentrer les efforts. Il faut regarder en amont, auprès des raffineurs, pour comprendre pourquoi ils ont répercuté immédiatement cette inflation, et il n’y a pas que les raffineurs : il faut aussi surveiller les marchands de carburant présents sur le marché libre et les contrôler.
On soupçonne que le gouvernement profite de la hausse des prix, puisque plus le pétrole se dégrade, plus l’essence augmente et plus les taxes s’accumulent. Le gouvernement apparaît-il sincère dans sa volonté de lutter contre la flambée ou joue-t-il double jeu ?
Dans un premier temps, je pense que c’est normal, ce n’est pas dans mon intérêt populaire de l’admettre, mais il est normal qu’il n’ait pas anticipé une explosion trop forte. Hier, Maud Bregeon, la nouvelle ministre de l’Énergie, était citée dans le JDD et disait qu’elle envisageait des scénarios, soit pour les automobilistes qui ont besoin de leur voiture, soit pour les ménages plus modestes. Le dispositif semble en cours, mais sa durée dépendra de la situation. Si la bulle se dégonfle d’ici la fin de la semaine, ce sera un épisode difficile mais passager. Sinon, comme l’indiquent les avis, l’État devra imaginer une solution — une sorte de TIPP flottante — pour contenir la hausse.
Craignez-vous que les prix alimentaires ou d’autres produits augmentent aussi dans vos rayons ?
Ce qui pourrait monter légèrement après les négociations commerciales, ce serait certains produits comme la viande, la volaille, les œufs, le chocolat et le café. En revanche, d’autres articles comme les pâtes, la farine, le sucre, le riz, les chips et certains produits que je ne consomme pas pourraient baisser, tout comme des produits d’entretien, d’hygiène et de lessive. Voilà.







