Dans plusieurs communes rurales, ces stations de service, de taille modeste, mises en place pour garantir l’accès à la pompe de proximité, constatent elles aussi l’afflux croissant d’automobilistes.
Aucune station-service n’échappe à la flambée des prix des carburants depuis le déclenchement du conflit au Moyen-Orient, il y a près de quinze jours. Le litre de gazole a franchi en moyenne le cap symbolique des deux euros en France, mercredi 11 mars, un seuil qui n’avait pas été dépassé depuis l’été 2022. Le sans-plomb 95 flirte également avec ce niveau. Sur les 10 806 points de vente de carburant recensés en France par Ufip Energies et Mobilités, l’organisme professionnel représentant le secteur, toutes les pompes sont contraintes de gérer cette hausse, y compris les stations municipales ouvertes par certaines communes pour garantir l’accès au carburant en zone rurale.
À Landivy, bourgade d’environ 1 100 habitants située en Mayenne, la station-service, désormais exploité par la mairie, a rouvert en juillet 2025 après deux années de fermeture. La collectivité se montre fière de proposer ce service à la population locale et aux habitants des communes voisines. « Nous avons entre 15 et 25 véhicules qui font le plein chaque jour », affirme le maire, Marcel Ronceray. « On ne s’attendait pas à un tel engouement, mais c’était indispensable. » La station privée la plus proche se situe à une dizaine de kilomètres. En rouvrant cet accès à la pompe, l’objectif était d’éviter à ces habitants et à leurs voisins de parcourir des trajets supplémentaires pour faire le plein.
Pas de bénéfices sur la vente de carburant
À l’instar des stations privées, les stations communales ont vu affluer des automobilistes craignant une pénurie d’essence liée à la guerre au Moyen-Orient et à l’interruption du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz. « Dès les premiers jours, nous avons constaté un afflux à la pompe. Le lundi 2 mars, nous avons compté exactement 87 passages, contre une moyenne d’une vingtaine habituellement », raconte Marcel Ronceray.
Le même constat s’observe à Plouray, dans le Morbihan, où la station municipale, première du genre en Bretagne et opérationnelle depuis 2015, distribue aujourd’hui près d’un million de litres de carburant par an. « Les habitants des environs se sont rués, ce qui a provoqué des ruptures d’approvisionnement », relate le maire breton, Michel Morvant.
Et comme leurs homologues privées, les stations municipales ont été contraintes d’appliquer la hausse du prix du baril à la pompe. « Pour le gazole, avant le conflit, le 27 février, nous étions à 1,68 euro le litre. Le 5 mars, nous étions à 1,95 euro, et depuis le 9 mars, nous avons fixé le litre à 2,09 euros », précise l’édile.

À une quinzaine de kilomètres de Plouray, on trouve des stations gérées par les grandes enseignes de distribution. En revanche, les stations municipales n’ont pas les mêmes moyens de baisser les tarifs, car les communes gestionnaires ne peuvent pas réaliser d’excédents sur la vente de carburant. Les stations essence publiques sont considérées comme un service public local visant à maintenir un accès au carburant lorsque l’offre privée se fait rare. Les mairies ne peuvent appliquer qu’une marge limitée sur le carburant vendu.
« Si on vendait plus cher, on ne vendrait pas »
« L’estimation de cette marge est validée et encadrée par la préfecture. Nous pouvons ajouter au maximum 4 centimes par litre », explique Marcel Ronceray. Cela permet simplement d’assurer l’entretien de la station et son fonctionnement. Michel Morvant estime également qu’un tarif trop élevé ferait fuir les automobilistes. « Si l’on vendait à un prix plus élevé, on ne vendrait pas. Les consommateurs comparent les prix avant de se déplacer. »
Pour alimenter leurs pompes, les communes doivent aussi respecter les règles du Code de la commande publique. Comme tout achat financé par l’argent public, l’approvisionnement en carburant doit être soumis à une procédure de mise en concurrence entre plusieurs fournisseurs. Cette démarche, le plus souvent menée par le biais d’un appel d’offres, vise à assurer transparence et égalité entre les entreprises.
Le président du groupe E.Leclerc, Michel-Édouard Leclerc, a annoncé sur 42mag.fr qu’une réduction prochaine des prix des carburants serait envisagée dans plusieurs enseignes. Selon lui, une diminution pouvant atteindre 30 centimes par litre pourrait intervenir « dans les deux jours » dans les magasins du groupe, mais également chez « Système U, et probablement chez Intermarché, Carrefour ».
Mais les municipalités ne peuvent s’aligner sur des tarifs agressifs. La commune du Mené, dans les Côtes-d’Armor, a ouvert sa station en 2016 et n’arrive pas à concurrencer les prix des grandes enseignes. « On ne peut pas vendre l’essence de nos stations à perte. Cela signifierait qu’on ne disposerait plus des fonds nécessaires pour entretenir les lieux », souffle un agent municipal.
Dans les prochains jours, l’activité pourrait donc légèrement ralentir, estiment ces élus. Mais pour eux, il n’est pas question d’abandonner : ces pompes doivent en priorité rester un service rendu aux habitants, bien plus qu’un simple activité rentable.







