Le vendredi 20 mars 2026, Brice Soccol était l’invité de la matinale diffusée sur Franceinfo. Il a abordé les enjeux liés aux municipales prévues en 2026 et les a mis en perspective par rapport à l’élection présidentielle qui se tiendra l’année suivante.
Cette section reproduit une portion de la retranscription de l’entretien mentionné ci-dessus. Pour voir l’entretien en entier, cliquez sur la vidéo.
France info : Bonjour Brice Soccol, merci d’être avec nous. Vous êtes politologue, essayiste et co-auteur de L’Écharpe et les Tempêtes. Face au maire, la défiance inattendue. À l’approche du second tour des municipales qui aura lieu ce dimanche 22 mars, quels éléments peuvent faire la différence entre les candidats encore en lice ?
Brice Soccol : Ce qui rend la période captivante, c’est que nous sommes dans le temps des décisions, avec une fin de campagne qui s’annonce particulièrement intense. L’enjeu concerne l’ensemble des grandes métropoles du pays et, dans une dizaine voire une quinzaine de métropoles, des enjeux de politique locale importants se jouent aussi bien à droite qu’à gauche. Pour ces municipales 2026, mes calculs indiquent environ 26 rapprochements à gauche entre le PS et La France insoumise (LFI).
Il s’agit d’un enjeu crucial pour la gauche en vue des présidentielles de 2027. On constate que les municipales présentent des spécificités tant pour LFI que pour le Rassemblement national. Car les retombées de la situation politique actuelle se joueront à l’échelle nationale lors de l’élection présidentielle. À gauche, l’intérêt réside dans la manière dont les rapports entre les gauches vont évoluer à partir des résultats des municipales 2026. LFI a obtenu, au premier tour, environ 650 000 voix. Le PS en totalise environ 5 millions. Ce qui est marquant, c’est la façon dont les rapports entre les gauches se poursuivront après les municipales. LFI obtient 650 000 voix au premier tour et le PS 5 millions. On peut lire cela comme un duel entre David et Goliath. Il existe une réalité politique d’un côté et un récit de l’autre.
LFI, à travers ces municipales, a réussi à tisser un récit. Ils ont remporté des villes majeures comme Saint-Denis, en Île-de-France, qui est une cité importante, la deuxième en importance. Ils vont probablement s’emparer de Roubaix, dans le Nord. Leur implantation s’étend dans les métropoles et dans les quartiers populaires. Pourquoi cela ? Il existe une raison à ce choix. Que représente aujourd’hui le vote pour LFI ? C’est un vote plutôt jeune lorsqu’on examine la sociologie urbaine. Puis, il s’ajoute le vote des habitants des quartiers populaires en France, un vote que l’on peut qualifier de communautaire, mais pas uniquement. Il existe aussi un socle de vote populaire plus large. Autrefois, le Parti communiste était très présent autour de Paris et dans les banlieues populaires de l’Hexagone. Ce sont des électeurs qui souffrent et qui peinent à boucler leurs fins de mois… Aujourd’hui, cet électorat se reporte sur LFI et vote pour LFI.
Puis viennent les cadres diplômés déclassés, les enseignants, parfois les magistrats, parfois d’autres professions qui ont quatre, cinq, six, sept ans d’études et qui, pourtant, gagnent peu ou ne bénéficient pas d’une reconnaissance suffisante. Cette catégorie de la population a aussi tendance à voter pour LFI. Il y a donc aujourd’hui un électorat LFI qu’il ne faut pas négliger puisqu’il n’existe pas de contre-offre à gauche. Et en face, on retrouve le récit du Rassemblement national (RN). Le RN affiche une progression d’environ 30 % par rapport au scrutin précédent. Cependant, on observe surtout un ancrage territorial du RN dans des zones où il était déjà solidement présent, notamment dans le sud-est et dans le Nord-Pas-de-Calais… Ce qui montre une territorialisation des voix. Toutefois, si l’on examine les chiffres des municipales, la majorité des collectivités demeure aujourd’hui entre les mains du Parti socialiste ou des Républicains.
France info : Il est d’ailleurs difficile de comprendre cette fébrilité des socialistes qui annonçaient avant le vote que LFI était fini. LFI progresse avec quelques revers, par exemple dans les quartiers nord de Marseille ou dans les quartiers populaires de Montpellier. Cependant, le parti réalise un score très surprenant à Lille. D’ailleurs, un débat a opposé les insoumis, les écologistes et les socialistes. Et pourtant, le RN, comme vous l’avez dit, s’est renforcé dans ses bastions. Il a été réélu majoritairement au premier tour, mais il ne s’installe pas dans les grandes villes. Est-ce que cela signifie que dans ces deux partis, LFI et RN, les insoumis ont réussi leur pari d’implantation et d’influence sur les socialistes ? Et pour le RN, est-ce une victoire qui prouve qu’il peut s’étendre au-delà de ses zones traditionnelles ? LFI et le RN sont-ils les deux grands vainqueurs du premier tour des municipales 2026 ?
Brice Soccol : Symboliquement, on peut considérer que ce sont les deux vainqueurs de ces municipales, même si les chiffres indiquent autre chose. En politique, les symboles et les récits ont une importance considérable, peut-être même plus que ce que l’on croit.
France info : Il y a le faire-savoir plutôt que le savoir-faire ?
Brice Soccol : Tout à fait, on peut le dire ainsi. Ce qui est intéressant, c’est que LFI a aligné de nombreux candidats dans les métropoles et les grandes villes, alors que dans les zones rurales et les villes de taille moyenne, leur présence a été plus faible, si l’on compare avec le score de Jean-Luc Mélenchon à la dernière présidentielle et lors des dernières législatives. Le RN, lui, a présenté énormément de candidats en milieu rural et en villes moyennes, et très peu dans les villes de plus de 100 000 habitants. Cette fois-ci, ils restent présents dans une vingtaine de villes de plus de 100 000 habitants, avec peu de chances d’en conquérir davantage — peut‑être une ou deux, comme Nîmes dans le Gard ou Carcassonne dans l’Aude — mais globalement ils ne sont pas favoris dans les grandes villes moyennes. L’aspect intéressant du second tour des municipales tient à l’impact réel de la politique nationale sur les métropoles.
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