À l’approche de l’élection présidentielle, Élisabeth Borne renonce à son rôle à la tête du mouvement Renaissance afin de fonder une formation politique personnelle, distincte et autonome. Cette initiative met en relief la fragmentation croissante du paysage politique, marquée par la diversification des courants et la recomposition des forces traditionnelles.
Élisabeth Borne a déclaré qu’elle prenait ses distances avec la présidence du conseil national du mouvement Renaissance et qu’elle allait mettre sur pied une nouvelle entité nommée « Bâtissons ensemble », au moment même où la course vers la présidentielle s’accélère. Cette décision surprend: le centre pouvait espérer afficher une unité plus marquée.
Cette démarche s’inscrit dans un cadre de tensions qui durent avec Gabriel Attal. Entre les deux anciens Premiers ministres, les rapports ont toujours été marqués par des frictions, semblables à une querelle froide plutôt qu’à une collaboration apaisée. Borne reproche notamment à Attal d’être trop directif et de manquer d’esprit collectif. Dans les mois récents, elle a laissé filtrer son désaccord à travers des silences sur plusieurs de ses interventions et en rappelant qu’il ne tenait pas le rôle de supérieur.
La multiplication des micropartis, symptôme d’une fragmentation politique
Avec « Bâtissons ensemble », Élisabeth Borne veut, selon ses propos, « créer un espace dans lequel on peut se rassembler ». Une initiative qui ne se limite pas à un seul cas. Beaucoup d’acteurs politiques s’écartent des partis traditionnels pour lancer leurs propres structures, souvent plus souples et plus faciles à gérer. Des micro-partis ou cercles, généralement peu connus du grand public, tels que L’Après, Nouvelle Énergie ou La France humaniste, portés respectivement par Clémentine Autain, David Lisnard et Dominique de Villepin.
Le choix de ce calendrier est significatif. L’annonce est intervenue peu avant le 12 mai, date à laquelle Renaissance doit officialiser la candidature de Gabriel Attal à l’élection présidentielle. Un départ difficile à interpréter comme anodin. Même si Élisabeth Borne assure ne pas viser l’Élysée, cette décision vient alimenter la cacophonie au cœur de l’échiquier centriste, où les ambitions se multiplient autour d’Attal, Philippe, Darmanin et d’autres.
Dans ce contexte, la stratégie fondée sur le « moi » plutôt que sur le « nous » interroge, alors qu’il reste moins d’un an avant l’échéance électorale. Un constat qui dépasse le cadre purement centriste : de la droite à la gauche, tous semblent ressentir le même manque — celui de l’unité.







