Dans un contexte où les tarifs du pétrole et du gaz poursuivent leur envolée, des entreprises proposant des solutions alternatives aux énergies fossiles annoncent un élargissement de l’intérêt des particuliers pour leurs prestations.
Les coûts des énergies fossiles s’envolent et les Français cherchent des solutions concrètes pour atténuer l’impact de cette flambée sur leur budget. Alors que le détroit d’Ormuz, crucial sur le plan géopolitique, demeure bloqué en raison du conflit au Moyen-Orient, le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a évoqué pour la première fois, mardi 24 mars, la perspective d’un « nouveau choc pétrolier », avant d’apporter des nuances à son propos. Quasiment un mois après les premières frappes israélo-américaines sur l’Iran, ce conflit a déjà entraîné une hausse des cours du pétrole et du gaz. Franceinfo a interrogé plusieurs acteurs des filières électriques, des biocarburants et des pompes à chaleur pour mesurer les éventuels changements dans les habitudes d’achat des Français en cette période incertaine.
Pour tenter d’échapper à la hausse des prix des carburants, une partie de la population se tourne d’abord vers l’électrique. Sur les plateformes spécialisées, les recherches et les acquisitions de voitures d’occasion électriques ont fortement progressé depuis le début des tensions, même si la tendance générale montrait déjà un regain d’intérêt pour ces modèles. Chez Aramis Auto, la proportion de véhicules 100 % électriques dans les ventes a presque doublé en un mois: passant de 6,5 % lors de la semaine du 16 février à 12,7 % celle du 9 mars, rapporte l’AFP. Les recherches avec le filtre « électrique » restent toutefois minoritaires, mais elles ont doublé, passant de 2 % à 4 % du total.
L’électrique a le vent en poupe
Le même constat se vérifie sur La Centrale: les recherches pour des véhicules électriques augmentent de 91 % depuis le 28 février, indique l’entreprise dans un communiqué. Interrogé par France 2, Guillaume Henri-Blanchet, directeur général adjoint du site, a souligné qu’« immédiatement après le début du conflit, on a observé une augmentation des recherches de véhicules électriques ». En témoigne le déploiement médiatisé de contenu et d’actualités autour de ces modèles.
La société Beev, spécialisée dans le leasing de voitures électriques, a elle aussi constaté « une hausse de 20 % des demandes en un mois ». « La majorité de nos clients sont des entreprises disposant de flottes et pour elles, la hausse du prix des carburants a un effet beaucoup plus fort que pour le particulier », analyse Solal Botbol, cofondateur de Beev. Cette dynamique s’explique par la relative stabilité des tarifs de l’électricité. Contrairement au jour où les prix avaient été tirés à la hausse au tout début de la crise ukrainienne, le coût du mégawattheure n’a ici que peu progressé. C’est notamment dû à une moindre dépendance des centrales à gaz pour la production électrique et à une production française pleinement mobilisée actuellement, contrairement à 2022.
Sur le marché des voitures neuves, l’ampleur de l’engouement pour l’électrique se révèle plus difficile à évaluer. Contacté par Franceinfo, un porte-parole de Renault – le groupe dominant sur le marché des véhicules électriques – a observé « une augmentation de l’affluence lors des journées portes ouvertes du mois de mars », avec « un niveau de commandes élevé ». Toutefois, il est impossible de le traduire immédiatement en chiffres d’immatriculations: « il existe un décalage de quelques semaines pour que cela se reflète dans les résultats », explique-t-il. Le sujet est d’autant plus scruté chez Renault que le groupe a annoncé, le 10 mars, son intention de ne proposer en Europe, à partir de 2030, que des modèles électrifiés, en laissant toutefois une place centrale à l’hybride.
Les boîtiers E85 font un carton
Le secteur des biocarburants tire également son épingle du jeu dans ce contexte géopolitique morose. Wim Calleeuw, directeur réseau France d’eFlexFuel, affirme que son entreprise a constaté une forte accélération de la demande, avec une hausse de 50 % des boîtiers E85 – un mélange essence et éthanol produit à partir de matières agricoles – vendus en France entre le 1er et le 23 mars 2026 par rapport à la même période l’année précédente. « La voiture électrique n’est pas accessible à tout le monde, l’E85 est perçu comme une alternative moins coûteuse », note-t-il, en estimant que cela permet d’économiser environ 50 % sur un plein une fois l’installation amortie (autour de 800 euros, selon eFlexFuel). Pour rouler à l’E85, il faut soit disposer d’un véhicule compatible, soit installer un kit homologué. « Les visites sur la page Facebook de la communauté Superéthanol E85 sont passées de 800 vues par jour la première semaine de mars à 20 000 vues la deuxième », complète Nicolas Kurtsoglou, porte-parole du syndicat Bioéthanol France, auprès de Franceinfo.
La relative stabilité du prix de l’E85 explique en partie cet engouement. « Le carburant E85 provient en grande partie de betteraves et de maïs produits en France, il n’y a donc pas énormément de fluctuations des prix par rapport aux carburants fossiles », précise Wim Calleeuw. Une stabilité qui peut toutefois être remise en cause par des décisions politiques défavorables: alors que plusieurs études scientifiques remettent en question l’efficacité des biocarburants pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, le gouvernement avait envisagé de revenir sur l’avantage fiscal accordé à l’E85 dans le budget 2026. Une décision qui aurait fortement modifié son prix si elle avait été retenue dans le texte définitif.
Les pompes à chaleur n’en profitent pas encore
Les prix des carburants ne sont pas les seuls à monter: le gaz suit la même trajectoire, en partie à cause du blocage d’Ormuz, qui voit transiter jusqu’à 25 % du gaz naturel liquéfié mondial. Cette montée pourrait se répercuter sur les factures des Français dès le printemps. Or, depuis 2023, il n’existe plus de tarifs réglementés pour le gaz. Selon Nicolas Goldberg, responsable du pôle énergie du think tank Terra Nova, interviewé par Franceinfo, les clients les plus exposés seront ceux qui ont souscrit « un prix indexé sur les marchés ». Ceux qui ont opté pour un contrat à prix fixe devraient être relativement protégés.
Quant au recours au gaz pour se chauffer lorsque les températures se rafraîchissent, les Français se demandent s’ils anticipent déjà des jours plus rudes. Pour les pompes à chaleur, les premiers retours auprès des acteurs du marché interrogés par Franceinfo indiquent qu’il est encore trop tôt pour tirer des conclusions. Le dispositif, qui fonctionne à partir de l’électricité et de l’air, est apprécié pour sa faible consommation, mais « on ne constate pas, pour l’instant, de frémissement sur la demande de devis », indique le porte-parole de Daikin France.
« À ce stade, il est encore trop tôt pour établir un lien direct entre le contexte géopolitique actuel, la hausse des prix de l’énergie et une éventuelle augmentation des commandes de pompes à chaleur », confirme son concurrent Atlantic, par la voix de son directeur de groupe, Damien Carroz. « Contrairement à d’autres équipements qui peuvent être remplacés rapidement, ce type d’achat s’inscrit dans des cycles plus longs avec des délais de mise en œuvre incompressibles », ajoute-t-il. Mais, selon lui, ce contexte agit comme un révélateur: la guerre au Moyen-Orient « souligne la nécessité d’anticiper et de sécuriser les modes de consommation énergétique face à des tensions qui pourraient durer et se multiplier ».







