Le Medef affirme clairement qu’aucun virage en faveur du Rassemblement national n’est à l’ordre du jour et il maintient, en parallèle, un flux soutenu de discussions avec les responsables du mouvement. Cette approche, axée sur le pragmatisme, s’inscrit dans un contexte où le RN cherche à rassurer le monde économique et à gagner en crédibilité auprès de ces acteurs.
Non, les dirigeants n’orientent pas leurs choix vers le Rassemblement national. C’est le cri du cœur du président du Medef, prononcé ce mercredi 15 avril. Patrick Martin affirme vouloir « crever cette baudruche », selon ses mots. Non, assure-t-il, le patronat n’a pas « massivement » basculé du côté de l’extrême droite. Et il ajoute qu’il peut « le dire les yeux dans les yeux » ! Autant dire que la colère est palpable.
En réalité, c’est surtout le mot « massivement » qui résume tout. Il n’y a pas de ralliement massif, mais des contacts qui s’accélèrent. Certes, les dirigeants de la première organisation patronale recevront officiellement à déjeuner, lundi 20 avril, le président du RN, Jordan Bardella. Les représentants des fédérations des banques, des assurances, du bâtiment ou de la métallurgie seront de la partie. Certes, ils avaient déjà pris le temps de dîner la semaine précédente — mardi 7 avril — avec Marine Le Pen, en présence de nombreux grands patrons, dont Bernard Arnault (LVMH), Patrick Pouyanné (TotalEnergies), mais aussi des dirigeants d’Accor, Engie, Renault ou Capgemini, ainsi que Yannick Bolloré, le fils de Vincent Bolloré et à la tête de la holding familiale. En somme, le carnet de rendez-vous des chefs d’entreprise avec le Rassemblement national demeure chargé. Une grande partie du CAC 40 leur adresse des signes d’attention, mais il ne faut pas voir cela comme une manœuvre politique malveillante — juste un flirt sans lendemain.
Le Medef assume un dialogue avec tous les partis
Le patronat justifie officiellement ces rencontres qui s’intensifient par un argument habituel: le Medef ne fait pas de politique et dialogue avec toutes les formations. Il n’y a donc aucune raison d’exclure le RN, surtout lorsque celui-ci semble se rapprocher du pouvoir. Le patronat demande des garanties et attend en retour des assurances — c’est une situation que l’on a déjà connue.
Selon Patrick Martin, la seule préoccupation des chefs d’entreprise reste leur carnet de commandes et leur trésorerie. Ce seront ces critères qui guideront leurs choix lors de l’élection présidentielle, affirme-t-il. D’ailleurs, il explique qu’on ne distingue plus clairement quel est le programme économique du RN à l’heure actuelle. Ce manque de clarté serait d’ailleurs une victoire symbolique pour le parti d’extrême droite.
Pour l’instant, le projet étatiste, anti-européen et ultra‑dépensier du RN était perçu comme une épouvantail par le patronat. Désormais, tout cela paraît flou. Autrement dit, il y a bien un doute qui plane. Certains patrons qui ont croisé Jordan Bardella ces derniers mois sont repartis sur leur faim, et c’est précisément ce que cherche le président du RN: rassurer, obtenir une reconnaissance supplémentaire pour séduire la droite et marquer sa différence avec Marine Le Pen.
Selon l’un de ses proches, la cheffe de file de l’extrême droite conserve des discours plus fermes et critiques lorsqu’elle rencontre des grands patrons, alors que Bardella adopte une approche bien plus mesurée. Devinez lequel des deux le patronat préfère ?







