Étant attentif à l’équilibre budgétaire, Sébastien Lecornu a annoncé mardi des soutiens conçus de manière ciblée, une démarche susceptible de décevoir les professionnels visés par ces aides.
Faut-il interpréter le réservoir comme étant à moitié vide ou à moitié plein ? Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a levé le voile, mardi 21 avril, sur une série de mesures destinées à venir en aide aux professionnels touchés par la hausse des prix des carburants, conséquence du conflit au Moyen-Orient. Le total des aides est estimé à 180 millions d’euros pour le mois de mai, et ces versements viendront compléter une première tranche d’environ 150 millions d’euros destinée à avril.
Tout en reconnaissant certaines avancées, différents représentants des secteurs concernés ont exprimé des réserves sur les modalités retenues par l’exécutif. Des infirmiers, qui se disent « exclus du dispositif », jusqu’aux transporteurs, qui évoquent leurs « grandes inquiétudes » en attendant les aides, 42mag.fr vous explique pourquoi certains réclament davantage.
L’aide destinée aux « grands rouleurs » jugée trop restrictive
La principale nouveauté annoncée mardi porte sur le dispositif d’accompagnement pour les « travailleurs modestes grands rouleurs », qui selon Sébastien Lecornu pourrait profiter à « pratiquement 3 millions de Français ». Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, espère pouvoir ouvrir les demandes « d’ici à la fin du mois de mai ». Si certains segments bénéficient aussi d’aides spécifiques, les autres devront compter sur ce cadre, dont le périmètre ne manque pas de susciter des interrogations chez plusieurs représentants professionnels, notamment dans le domaine de la santé. La Fédération nationale des infirmiers affirme que les infirmiers à domicile restent « exclus du dispositif », et réclame « un carburant professionnel détaxé », comme c’est le cas pour les pêcheurs ou les agriculteurs.
« Il s’agit d’un mépris assumé envers 132 000 infirmiers libéraux. »
Daniel Guillerm, président de la Fédération nationale des infirmiersdans un communiqué
« Au niveau des revenus, on ne sera pas forcément éligible », s’inquiète ainsi Diane, infirmière en Eure-et-Loir, sur RMC. L’aide destinée aux grands rouleurs serait en effet réservée aux personnes gagnant moins que la moyenne française, soit 17 000 euros annuels pour une personne seule. « Nous avons un chiffre d’affaires assez élevé, parce que nous sommes loin des 35 heures », explique cette professionnelle, qui craint de se situer au‑delà des seuils et voit des cabinets, pour leur survie, refuser de prendre en charge certains patients.
L’association Familles rurales déplore l’exclusion des « retraités », des « étudiants » ou encore des patients « qui doivent aller chez le kiné tous les jours ». Confier les aides à des besoins professionnels reviendrait, selon elle, à « reconnaître que les autres besoins essentiels ne sont pas vitaux ». Sur ICI Paris Île-de-France, l’un de ses responsables plaide pour « un élargissement » du dispositif vers les « populations vulnérables telles que les jeunes et les demandeurs d’emploi, dont la mobilité est pourtant une condition essentielle d’accès à l’insertion sociale et professionnelle ».
L’écart du dispositif pour certaines entreprises du BTP
Le secteur du bâtiment et des travaux publics bénéficiera d’une « première enveloppe » dès « le début du mois de mai », a annoncé le chef du gouvernement. « Il faut que cela soit accessible à tous, sans créer de différenciation d’une entreprise à l’autre », plaide la Fédération française du bâtiment, alors que Sébastien Lecornu a uniquement évoqué les petites et moyennes entreprises « de moins de 20 salariés ».
Les représentants du secteur s’interrogent aussi sur le choix d’une aide d’environ 20 centimes d’euro par litre qui ne viserait que le gazole non routier (GNR), utilisé par exemple par les artisans et les sociétés qui font tourner des engins de chantier. « Nous souhaitons que cela s’étende au gazole routier », notamment pour les entreprises du BTP qui doivent faire rouler des camions, a défendu Catherine Guerniou, vice‑présidente de la fédération, sur 42mag.fr, alors que des discussions sont prévues dans les prochains jours entre le gouvernement et les représentants de la filière.
Transporteurs, pêcheurs et agriculteurs espéraient davantage
Pour les transporteurs routiers, l’aide forfaitaire déjà en vigueur, équivalant à une remise de 20 centimes par litre, a été reconduite sans nouvelle hausse. Ce dispositif ne répond pas « absolument pas » aux besoins, estime la Fédération nationale des transports routiers, sur 42mag.fr. Ce syndicat attendait des mesures pour soulager des trésoreries « complètement asséchées » des entreprises, par exemple « des prêts de très court terme à des taux très avantageux », au-delà du prêt flash carburant à 3,8 %.
« Ce que nous demandions, ce n’était pas forcément des aides, mais des systèmes qui permettraient d’amortir ce choc. »
Florence Berthelot, déléguée générale de la Fédération nationale des transports routierssur 42mag.fr
Les pêcheurs, eux, voient leurs aides passer de 20 centimes par litre de gazole non routier à une fourchette comprise entre 30 et 35 centimes d’euro par litre, selon les propos de Sébastien Lecornu. « C’est une avancée qui est importante », salue le Comité national des pêches, tout en espérant un effort supplémentaire pour les professionnels. Son président, Olivier Le Nezet, porte‑voix notamment des chalutiers, plus gourmands en carburant que d’autres modes de pêche moins polluants, réclame « 40 centimes » par litre.
Même sentiment chez les agriculteurs, qui voient l’aide à la pompe progresser de 4 à 15 centimes d’euro par litre. « On avait demandé 30 centimes du litre, c’est une première réponse », se satisfait la FNSEA, sur 42mag.fr.







