Alors que le gouvernement envisage de plafonner les marges pratiquées par les distributeurs, 42mag.fr a disséqué les prix affichés à la pompe afin d’expliquer les hausses en cours.
Ces derniers temps, le coût d’un plein d’essence ou de gazole attire l’attention chaque jour. Alors que les prix des carburants culminent à leur niveau le plus élevé depuis le déclenchement des hostilités au Moyen-Orient, fin février, le gouvernement a annoncé, mardi 14 avril, qu’il envisageait de plafonner les marges des distributeurs afin d’atténuer l’impact, tout en écartant la perspective d’un blocage des prix.
Chacun des maillons de la chaîne réclame de réduire les marges du voisin ou de solliciter l’État pour qu’il baisse certaines taxes. En s’appuyant sur les données de l’Union française des industries pétrolières (Ufip), 42mag.fr décompose, pas à pas, la composition du prix du gazole et du SP95-E10, depuis l’extraction du pétrole jusqu’à son arrivée dans les pompes, en passant par le raffinage et le transport.
1 Le coût du pétrole, en forte hausse depuis le début de la guerre
Premier poste par son importance, il représente l’essentiel du prix à la pompe et a fortement progressé depuis le début du conflit avec l’Iran. Avant le début des hostilités, le pétrole brut pesait 26,8% du prix total du SP95-E10, selon l’Ufip (à la veille du conflit, le 27 février). Aujourd’hui, cette part grimpe à 35%. Pour le gazole, elle est passée de 31,1% à 45,2%.
Cette part couvre non seulement le coût d’extraction et d’exploitation du pétrole, mais aussi la marge des raffineurs. Or, cette marge brute de raffinage sur le Brent est en hausse constante depuis le déclenchement des tensions: environ 192,68 euros par tonne en moyenne sur la semaine du 20 mars, contre 36,66 euros en début d’année (avant le conflit). Le gouvernement a indiqué à BFMTV que le ministre de l’Économie, Roland Lescure, avait pris l’initiative d’écrire à la Commission européenne pour qu’elle enquête sur ces marges des raffineries en Europe et s’assure qu’il n’y ait « pas d’abus ».
Cette hausse de la part du coût des matières premières dans le prix final s’explique surtout par la flambée des cours du baril, provoquée par les perturbations du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz et les attaques sur les infrastructures stratégiques du Moyen-Orient. Le Brent, référence en Europe et au Moyen-Orient, a dépassé à plusieurs reprises les 100 dollars le baril ces dernières semaines.
2 Le coût du transport et de la distribution, que le gouvernement veut réduire
Le transport, le stockage et la redistribution jusqu’aux stations-services constituent aussi une part notable du prix affiché: 11,8% pour le gazole et 14,3% pour le SP95-E10, selon l’Ufip, à partir des relevés du 10 avril. Cette portion comprend la marge des distributeurs et les certificats d’économies d’énergie (CEE) qu’ils doivent payer et répercutent sur les prix. Le 10 avril, la part revenant aux distributeurs s’élevait à 27 centimes par litre de gazole et à 28 centimes par litre de SP95-E10. Pour obtenir une vision plus précise de la marge des distributeurs, il faut soustraire environ 16 centimes par litre correspondant aux coûts des CEE. Face à la pression des automobilistes, le gouvernement a signalé qu’il envisageait de plafonner les marges des distributeurs.
« Nous appliquons une marge qui demeure tout à fait raisonnable », défend Francis Pousse, président de la branche Distributeurs Carburants et Energies nouvelles chez Mobillians, sur 42mag.fr. Dans ce contexte d’envolée des prix, les distributeurs appellent plutôt à une suspension « temporaire » des CEE, mais Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement, a écarté cette option. Les CEE « permettent de financer la transition énergétique avec des mesures concrètes pour nos concitoyens, comme le leasing social ». Y toucher « reviendrait à renoncer à ce qui nous protégera de la prochaine crise ».
3 La TVA sur les carburants, que le gouvernement refuse de raboter
Autre composante majeure du prix à la pompe: la TVA de 20% appliquée sur les carburants en métropole (hors Corse). Cette TVA est calculée sur le prix total du carburant, ce qui signifie que lorsque les prix augmentent, les prélèvements augmentent aussi.
Depuis le début des hostilités au Moyen-Orient, le poids de cette TVA a progressé de 1,2 point pour le SP95-E10 et de 2 points pour le gazole, portant respectivement le taux effectif à 10% et 11,4% du prix à la pompe. Cela génère des recettes accrues pour l’État: le ministre délégué aux Comptes publics, David Amiel, a déclaré que « le supplément de recettes s’élève à 120 millions d’euros en mars 2026 par rapport à mars 2025 », tout en rappelant que « le coût de la crise se compte en milliards d’euros » pour les finances publiques.
Lors de son passage au JT de 20H sur France 2, le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, a demandé une révision de cette TVA en la ramenant à 5%. Le gouvernement refuse et estime que l’hypothèse d’un alignement à 5,5% sur l’ensemble des produits énergétiques (électricité, gaz, carburants et fioul) coûterait selon lui « 17 milliards » à l’État.
4 Les droits d’accise (anciennement TICPE), invariables
Autre portion qui pèse sur le prix final: les droits d’accise sur les produits pétroliers (anciennement TICPE) constituent un impôt indirect fixé par la loi chaque année. Parmi ces droits figure la « composante carbone », parfois appelée taxe carbone.
Les droits d’accise doivent être acquittés par les professionnels qui produisent, importent ou stockent le carburant, rappelle le ministère de l’Économie. Leurs valeurs se répercutent ensuite sur le prix affiché. Au 10 avril, ils représentent entre 26% du prix final pour le gazole et près de 34% pour le SP95-E10. Cette taxe demeure identique quel que soit le niveau des prix du pétrole, car elle dépend du volume consommé et non du coût du brut, rappelle Bercy.
5 La TVA sur les droits d’accise, la plus faible part
Enfin, la dernière part du prix, et aussi la plus faible, est la TVA à 20% appliquée sur les droits d’accise (ex-TICPE). Elle représente entre 5,3% (gazole) et 6,7% (SP95-E10) du prix à la pompe au 10 avril. En 2018, ce volet avait été vivement dénoncé par le mouvement des « gilets jaunes », qui le qualifiait de « double taxation ». L’augmentation des prix n’influence pas les droits d’accise, et par conséquent n’impose pas davantage cette TVA.







