Le blocage du passage maritime dans le détroit d’Ormuz réactive les inquiétudes au sujet d’une éventuelle crise énergétique. Alors qu’Emmanuel Macron temporise et affirme que la situation est sous contrôle, Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, et plusieurs experts avertissent d’un possible manque de carburant dès cet été.
Ce lundi 27 avril, le blocage du détroit d’Ormuz demeure en place. Selon Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, un risque de pénurie de carburant peut émerger en France. Toutefois, Emmanuel Macron s’efforce d’écarter ce scénario et préfère ne pas alimenter les craintes publiques. Qui croire ? En réalité, les deux perspectives coexistent, et tout dépend de la durée de la fermeture. Le président tient à éviter tout effet de panique inutile. Pour l’instant, la situation est jugée « maîtrisée » par l’exécutif. En pratique, en dehors de quelques exceptions, les stations-service ne souffrent pas d’un manque généralisé. Le samedi 25 avril, moins de 3% des stations manquaient de carburants.
Emmanuel Macron privilégie donc une approche axée sur les efforts diplomatiques visant à débloquer ce qu’on appelle le détroit d’Ormuz. Il refuse d’anticiper le pire scénario, contrairement à Patrick Pouyanné, qui prend une vision plus sombre et projette l’évolution sur le moyen terme. Chaque acteur agit conformément à son rôle. Le patron de Total n’hésite pas à envisager une période de deux à trois mois, ce qui le conduit à affirmer que si le blocage persiste, la France entrerait dans une « ère de pénurie énergétique ». « Pénurie », précise-t-il, « que subissent déjà les pays d’Asie ». La Chine, l’Inde, le Vietnam et la Thaïlande dépendent fortement du trafic d’hydrocarbures passant par Ormuz.
Pour Patrick Pouyanné, la logique est simple: lorsque 20% des réserves mondiales de pétrole et de gaz deviennent inaccessibles — soit l’équivalent de la production du Proche-Orient — les conséquences sont inévitables. Ainsi, cet été, si la situation demeure bloquée, on peut s’attendre à des pénuries de carburant dans les stations françaises.
Qu’en est-il des réserves stratégiques ?
De nombreux experts partagent l’avis de Patrick Pouyanné. Thierry Bros, professeur à Sciences Po Paris, estime même que « la pénurie est bel et bien à l’approche de l’Europe ». Car si les marchés venaient à manquer réellement de pétrole, ce serait l’Asie qui en profiterait, en imposant le prix. Philippe Chalmain, économiste spécialiste des matières premières, partage cette analyse et prédit que « si la situation se prolonge pour 50 jours supplémentaires, nous basculerons dans une ère de pénurie ».
La France ne pourra pas activer seule les réserves stratégiques de pétrole. Leur utilisation ne peut se faire sans une décision collective de l’agence internationale de l’énergie (AIE). De surcroît, ces réserves ne sont pas infinies et nous vivons déjà à hauteur de leur capacité. Dans ce contexte, les prix à la pompe n’évolueront pas immédiatement à la baisse. D’ailleurs, ces derniers jours, le baril oscille autour de 100 dollars. Tant que le détroit restera fermé, « les prix resteront extrêmement élevés », affirme Olivier Gantois, président de l’Union française des Industries Pétrolières (UFIP).







