En raison de la flambée des prix des carburants observée depuis le déclenchement de la guerre en Iran, les Français ajustent leurs comportements au quotidien. Cette révision des habitudes se manifeste notamment par une diminution de leur consommation de carburant. Or, une telle réduction d’usage se répercute sur les finances publiques : les recettes issues des taxes sur les carburants diminuent, et l’État, qui voit déjà son déficit menacé, se retrouve dans une position financière plus fragile.
Durant les dix premiers jours de mai, l’État a constaté une réduction d’environ 300 millions d’euros de recettes fiscales, imputable à la flambée des carburants. Cette conséquence directe découle de la hausse des prix à la pompe, liée au conflit en Iran. Confrontés à ces tarifs encore élevés, les Français ont adopté des solutions alternatives : ils réduisent l’usage de leur voiture quand c’est possible, privilégient davantage les transports en commun, le covoiturage, le télétravail ou encore le recours au train.
Le train bénéficie également de ce changement de comportement. Les réservations ont augmenté d’environ 14 % ces dernières semaines. Conséquence : la demande de carburant a reculé d’environ 30 % durant les dix premiers jours du mois de mai. Une chute spectaculaire. Or, comme plus de la moitié du prix des carburants est constituée de taxes — TVA et TICPE notamment — vendre moins de carburant se traduit mécaniquement par des recettes publiques plus faibles.
La « cagnotte » fiscale s’est transformée en manque à gagner
Au début de la crise, certains évoquaient l’existence d’une possible « cagnotte » fiscale liée à la hausse des prix à la pompe. Le gouvernement avait trébuché sur ses mots. Dans un premier temps, il soutenait qu’il n’existait aucun surplus budgétaire. Puis il a reconnu qu’un léger excédent de 190 millions d’euros avait finalement été enregistré, en raison des achats massifs de carburant réalisés par les Français au tout début du conflit, avant l’envolée des prix.
Mais depuis, la situation a basculé. La consommation a chuté de manière drastique et les recettes fiscales se sont étiolées comme neige au soleil. Désormais, les comptes publics affichent un déficit. Et si la guerre venait à perdurer, ce manque à gagner pourrait rapidement s’aggraver.
C’est tout le casse-tête que doit gérer Sébastien Lecornu. Jusqu’ici, le gouvernement s’est contenté d’aides ciblées et temporaires. Mais le Premier ministre a promis de nouvelles mesures pour soutenir les professions les plus en difficulté et « changer d’échelle ». Reste une question centrale : avec quel argent ?
Une guerre qui coûte déjà des milliards à la France
Il y a encore quelques semaines, l’exécutif estimait que la guerre avait déjà coûté près de six milliards d’euros à la France, entre les dépenses militaires supplémentaires et la hausse de la dette liée aux taux d’intérêt. Aujourd’hui, la facture pourrait être bien plus lourde.
Une baisse de la consommation de carburant implique aussi, plus largement, une réduction de la consommation globale. Moins de déplacements, c’est souvent moins d’achats et donc une activité économique moindre. Or la consommation demeure le moteur principal de l’économie française. Le risque que la croissance reste à zéro, comme au premier trimestre, se renforce. Dans ce contexte, l’objectif du gouvernement de ramener le déficit public sous les 5 % du PIB en 2026 pourrait rapidement devenir illusoire.







